Les préventions, les préjugés, la paresse, le manque d'imagination, l'égoïsme, voire la méchanceté, car elle existe, des uns et des autres, créent des barrières infiniment plus insurmontables que celles déterminées par le handicap en tant que tel.
Tous ces préjugés, toutes les préventions restent le plus souvent dans une zone floue de non dit.
Une fois ces "obstacles" d'ordre psychologique situés, admis, reconnus, la tache sans être aisée est plus facile: il faut faire preuve d'attention, de tact, d'imagination, de bonne volonté pour résoudre des problèmes qui sont alors presque exclusivement "techniques" et matériels: questions de temps, d'argent, de savoir faire etc..
Le premier problème que je voudrais évoquer et qui compromet gravement la possibilité du dialogue, de la rencontre, de l'intégration des handicapés est le suivant: les gens ne veulent pas voir de handicapés, et si à la rigueur ils tolèrent la vue d'un handicapé, il leur est extrêmement difficile d'en voir plusieurs à la fois.
Problème élémentaire et grossier donc: la vue d'un handicapé dérange, crée un malaise.
Ainsi, la société s'organise de telle manière que les handicapés restent "hors la vue".
Pourquoi donc ?
La vue d'un handicapé réveille une angoisse, une crainte de voir son propre corps atteint par le handicap. Car nul n'est vraiment à l'abri d'une telle atteinte. Chacun peut au détour d'une maladie, d'un accident, devenir "handicapé".
Cette idée, cette perspective étant tellement insupportable, intolérable, angoissante qu'on préfère éviter les situations qui pourraient réveiller une telle angoisse.
Ainsi de l'exclusion du handicapé, "défense" établie par la société pour se prémunir contre tout rappel trop insistant de sa propre vulnérabilité, fragilité.
Un second facteur non négligeable non plus et qui contribue de façon notable à la mise à l'écart des handicapés, est du à une confusion malheureuse: beaucoup de gens assimilent hâtivement handicap physique et handicap mental.
Nous voudrions encore dans cette analyse générale, évoquer rapidement un troisième facteur qui ne touche pas spécifiquement les handicapés mais contribue largement à sceller leur exclusion.
C'est quelque chose de connu, de rabaché peut être mais il faut le dire, notre société privilégie l'efficacité, le rendement économique. Ceux qui n'incarnent pas pleinement l'efficacité et le rendement sont rejetés de la société pour ne pas dire plus crûment "jetés".
Venons en maintenant plus spécifiquement aux problèmes de la communauté juive face à ces handicapés. Tous ces préjugés, les difficultés relationnelles que nous venons d'évoquer touchent évidemment aussi les juifs. De nombreux handicapés perçoivent la communauté juive comme plus rejetante que d'autre. Comme très fermée et très peu solidaire à leur égard.
Exemple : Les institutions juives invoquent un sens de responsabilité qui parait exagéré quand il s'agit d'intégrer un enfant handicapé à ses activités. On se heurte à une peur panique de prendre de telle responsabilité.
Dans les meilleurs des cas, ils se heurtent à une pitié malsaine ou à une attitude d'hyper protection qui les met encore une fois doublement à part.
……En conclusion je dirais que rien dans la torah ne nous permettrait de limiter d'aucune manière l'étendue de notre responsabilité vis-à-vis des handicapés et la solidarité de chaque instant qui doit nous engager à intégrer de façon pleine et entière et à tous les niveaux dans la communauté, ceux de nos frères pour lesquels le geste est quelque fois plus difficiles.