Bien gérer ses dernières années, quel vieil art!

HAPHTARA  ( H’ayé Sarah )

 

Sa dense et lourde biographie l'a finalement allongé sur son lit royal, l'esprit toujours aussi vivace mais le corps froid. L'hiver de sa vie a quelque peu pétrifié ses membres. Son coeur combattant range ses armes. Les frissons qui le secouent proviennent de sa rencontre avec l'ange menaçant sa sensible conscience. L'homme droit qu'il fut a parfois égaré ses pas. Un autre frisson et il pense déjà aux pans du vêtement qu'il déchira sur Saul endormi. La médecine conventionelle restant impuissante, ses conseillers lui proposent avec l'assentiment de Bat cheva, sa femme, les soins d'Avichag la plus réputée des kinésiologues. David se rapproche des soixante dix ans que D. lui a prodigué. Il entre désormais dans les jours qui comptent. Son regard mesure le parcours qui lui reste jusqu'à l'horizon. L'ombre des palmiers s'allonge en rasant le sol jusqu'à l'entrée du jardin royal. Sans la dédaigner, David se redresse retrouvant l'énergie dans les ailes de cet oiseau qui secoue le ciel et ouvre d'autres horizons. Cet harpiste de D. refuse d'entasser les années de l'enfant mélodieux qu'il reste. Sa vie, il l'a faite et il ne la soldera pas. Sa jeunesse est toujours présente, accrochée à ses rides et à son sourire nostalgique. Comme chacun, dès sa naissance il fut adulé comme un roi, agile comme un daim, combatif comme un cheval, tenace comme l'âne, intrépide comme le chien de chasse et aujourd'hui malicieux comme le simidé. Le vieux berger ne vieillira pas comme tant d'autres qui ferment leur biographie comme les paupières sur un clin d'oeil. Leur insomnie réveille une horloge assoupie par le non sens des aiguilles, qui tournent en rond sur des chiffres intemporels. L'heure tourne sur un temps caillé, elle n'a pas de rendez vous dans cette durée impalpable et insipide. Le tic tac de la pendule bat des secondes assourdissantes d'une immobile sonorité. Encore un jour qui se lève sur les gens d'hier sans lendemain. Le regard devient quelque peu nuageux et le temps de plus en pluvieux. La chevelure enneigée recouvre d'un blanc manteau la cime du vieux chêne. Il faut dire skier quand on est sur la pente de la vieillesse. Les appétits faiblissent, il n'est pas de bon temps d'avoir le caractère envieux. La mémoire sombre dans les oubliettes d'un grenier où s'enchevêtrent les images du passé. C'est alors que le vent du nord souffle sur la harpe des psaumes, qui chante" quand bien même je vieillis, je reste jeune". Ce bruit de la mélodie s'appelle un événement, et le sifflement de l'oiseau remuant l'air du large, colore toutes ces grises pensées.

Le Roi se lève prenant appui sur son bâton de berger, il mesure dans sa lente démarche son pas sage sur terre. Et dire qu'Avraham, dense être, a revendiqué le droit aux signes de la vieillesse. Un éphémère peut-il écrire les mémoires de Mathusalem, qui fit rougir de honte le carbone 14 en épuisant toute sa radioactivité. De son temps on ne faisait valoir ses droits à la retraite qu'à l'age de 900 ans. Tout est relatif. A cinquante deux ans, la vieillesse a bondi sur le visage de Samuel alors que Rabbi Eléazar ben Azaria a vu dix huit mèches blanches assagir ses dix huit ans comme un septuagénaire. Il est beau d'atteindre presque deux lustres sans ombre âge. C'est même sur le tard, qu'un Rav âgé atteint sa pleine forme. Un vieux routier de la torah est toujours à la page avec son Daf yomi. Il éternise ses souvenirs dans les mitsvoth du même nom.

Souviens toi du Chabat!

Souviens toi de l'egypte…!

Souviens toi d'amalek…!

Souviens toi de l'Amour de ta jeunesse quand le rire de ta fiancée peuplait le désert. Les six ordres du Talmud te le rappellent quotidiennement "Sème le temps de l'amour sans préjudices de la sacralité purificatrice." Médite mon Nom, il est la mémoire de toutes les bénédictions. שהחיינו te redonnera la joie de vivre jusqu'a l'âge de cent vingt ans. Qu'un jour raconte à l'autre les récits de l'ancien des mondes et qu'une nuit susurre à l'autre ses pensées intimes. Béni soit-il l'Eternel qui bénit les années.

Aujourd'hui, il est encore vivant David, le roi d'Israël, notre messianique légataire. Le légataire vivant est le véritable héritier du bonheur de ses enfants, le conservateur en chef des archives familiales, le patriarche et monument vivant du patrimoine ancestral. L'âge d'or s'enrichit en évitant les frais de notaire car antan s'entend comme l'écho part avant jadis.

Grand Rabbin A. Guedj