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"Qu'il
n'entre pas dans le tout temps" - Le Grand Jour se lève
sur l'intemporel
Il
tient dans notre calendrier une place prépondérante et
pourtant il échappe au temps. Satan lui même, maître
incontesté des 364 jours dans l'année n'a aucune emprise sur
ce Jour Redoutable. Le 10 Tichri est arrivé dans toute sa
majesté.
Dans
les synagogues du monde entier tous les juifs se ressemblent.
Qu'il est beau ce talith qui gomme toutes nos différences et
toutes ces Selih’oth qui nous font parler d'une même
voix ! Qu'il est beau ton Saint Nom qui fait ployer les
genoux du riche aux côtés du pauvre ! Qu'ils sont émouvants
ces cantiques qui mélangent les larmes du jeune aux pleurs du
vieux ! Cette lecture de Yonah qui adoucit la raideur de
notre nuque, expose les sacs de deuil et les cendres qui
plongent dans la consternante repentance Ninive, la grande métropole
des Goyim. Le fugitif prophète n'en croit pas ses yeux.
La clémence divine le contrarie.
Adresse
toi au Sage, il te dira que les épreuves expieront tes péchés.
Adresse
toi au Prophète, il te dira que la mort expiera tes péchés.
Adresse
toi au Docteur de la Loi, il te dira que le sacrifice expiera
tes péchés.
Adresse
toi à D., il te dira:"Reviens, enfant rebelle, je guérirai
tes égarements."
Aujourd'hui
notre sort repose sur les épaules du Grand Prêtre. Nos
pensées sont fortement dirigées vers le Temple de Jérusalem.
Le successeur d'Aaron sera notre ambassadeur auprès de D.
pour ce rendez- vous unique dans l'année. Il va bientôt
franchir l'épais rideau qui le sépare du lieu de la naissance
du Monde. Le cœur de tout Israël bat dans son sein et la
bouche de tout Israël résonne dans le silence de ses lèvres.
Aujourd'hui le pain du mortel ne comble plus le plaisir de la
chair. Aujourd'hui, l'eau du mortel n'assouvit plus la fièvre
de son sang. Aujourd'hui, il faut nourrir son âme et abreuver
son esprit. Mon D. accepte les cinq prières de ce Grand
Jour. Accorde nous ton grand pardon. Oublie ces grands apéritifs
qu'on a préférés à Arbit, ces longs petits déjeuners
au lieu de Chah’arit, ces copieux repas au lieu de Moussaf,
ces pause-café au lieu de Minh’a, et tous ces cocktails
à l'heure de la Nehila.
Le
représentant d'Israël va entrer avec toute la condition
humaine. La veille on lui a donné lecture de Job et Daniel,
grandeur et misère, souffrance et délivrance, avec les
haillons d'une richesse en lambeaux et la précieuse simplicité
d'une tunique en lin blanc, comme l'ange Michael prêtre du
temple céleste. Ses habits d'or ne conviennent pas à la
redoutable modestie du Lieu. Les quatre vêtements qu'il
porte le recouvre à l'image des quatre camps supérieurs
enveloppant la Cheh’ina.
Avant
de confesser les péchés d'Israël, il a dû tout d'abord
confesser les siens et ceux de sa propre famille. Ce pardon, il
l'arrachera grâce aux mérites des patriarches. Il l'obtiendra
au nom de notre fidélité à la Torah, à la Mila,
à nos Chabats et à notre amour pour la Terre Sacrée.
Il attachera les solitudes de nos destinées dans le bouquet de
notre espérance commune. Il va pénétrer dans cet endroit qui
est l'envers du décor de notre existence, le seul endroit où
l'on ne prend la place de personne. Dans cet espace, il bénéficiera
d'un non-lieu. C'est là qu'il
visitera l'ex-nihilo au bout du temps dans l'intimité du
sacro-saint. La Lumière du premier jour éclairera le
visage des Chérubins. La nuée d'encens aux 11 parfums laissera
apparaître l'invisible majesté au dessus du propitiatoire. La
blancheur, cette brillante couleur au seuil de la transparence,
réfléchit toute lumière et donne à l'espace des
dimensions immatérielles. La réconciliation des humains se lit
dans le sourire éclatant des chérubins. Le Grand Pardon est né
dans la virginité des origines de la vie. C'est alors qu'à
sept reprises nous nous écrions: "D., dans ta justice tu
es clément et dans ta clémence tu es juste. Réponds à
tous ces cœurs qui crient vers toi. Regarde, nos mérites
ont blanchi la laine écarlate accrochée à l'enceinte du
Temple."
Va
et mange ton pain dans la joie !
Grand
Rabbin Alain Jacob GUEDJ
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