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La
techouva ou la loi du retour
"Cette
loi que je t'impose en ce jour, elle n'est ni trop ardue, ni trop
loin de toi. Elle n'est pas dans le ciel pour que tu dises :
« Qui montera pour nous et nous l'ira quérir, et nous la
fera entendre afin que nous l'observions ? » Elle n'est pas
non plus au delà de l'océan pour l'acquérir. Non, la
chose est tout près de toi, tu l'as dans la bouche et dans
le cœur pour pouvoir l'observer."
Ce
passage extrait de Nitsavim illustre bien l'état d'esprit et les
dispositions spirituelles requises pour aborder le jour du
jugement qui approche. Le désespoir moral et religieux n'est pas
irréversible. Où qu'il se trouve, l'homme peut faire appel
et détient le recours de sa propre réhabilitation. La techouva
est accessible en théorie et en pratique, elle est au bout de tes
lèvres, au coeur de ton cœur et au pouvoir de tes
mains. Elle n'est pas une injonction mais une affirmation qui
place irréductiblement chacun d'entre nous face à D.
Même
si nos convictions religieuses sont fragiles, il n'en reste pas
moins qu'au bout du compte la réalité de la présence divine est
incontournable. Elle peut paraître lourde et étouffante pour
certains mais libératrice pour d'autres comme en témoigne le
magnifique psaume 139. La techouva n'est pas un retour vers D.
puisque Ce Dernier est partout dans toutes les directions de mon
libre arbitre. "Mon D., toutes mes voies Te sont familières,
Tu me serres de près, derrière et devant et Tu poses
sur moi Ta main. Où chercherai-je un refuge pour me dérober
à Ta face? Si j'escalade les cieux, Tu es la. Si je fais de
l'abîme ma couche, Te voilà encore. Lorsque les ailes de
l'aurore m'élèvent jusqu'aux confins de la mer, la aussi
Ta main me guide et Ta droite me saisit."
Le
roi des psaumes ose exprimer ici l'idée qu'on ne s'installe
jamais une fois pour toutes dans la foi. La qualité du
"juste parfait" n'est pas un diplôme ad æternam.
Le chemin de la vie sainte est loin d'être une autoroute
parfaitement balisée et sécurisée. Un bon permis de conduire n'évite
pas pour autant les accidents. On peut mesurer les degrés du
savoir et de la conduite religieuse mais pas ceux de la techouva.
Notre Choulh'an Arouh' est une table bien dressée, mais il
importe de manger proprement. Le guide des égarés tient le
langage de l'intelligence et du cœur mais pas celui de la
suffisance d'une morale standardisée. On ne peut pas d'un côté
repasser son costume et de l'autre froisser son prochain.
L'hypocrisie a le ciel dans les yeux et l'enfer dans le cœur.
La techouva c'est la circoncision du cœur. Il ne faut pas
faire le bien pour vivre mais vivre pour faire le bien. Si c'est
par crainte, la techouva supprime notre préméditation. Si c'est
par amour, la préméditation est valorisée en mérite.
Le
repentir sincère du mécréant lui confère une
distinction supérieure à celle du juste reposant sur ses
lauriers. Le sombre passé de Ménaché, le plus impie des rois
d'Israël, est brusquement inondé par la lumière de sa
techouva alors que la vie irréprochable d'un Raban Yoh'anan ben
Zakai, le retrouve au seuil de la mort dans le doute de savoir
s'il sera conduit à l'enfer ou au paradis. Rien n'est
acquis à celui qui croit tout avoir et tout peut être
acquis par celui qui n'avait rien. La seule instance compétente
en la matière est présidée par D. lui même. Fais un
pas en direction de D., Il en fera deux à ta rencontre ! La
techouva dépasse les frontières de la normativité
jusqu'au trône de gloire. Elle suppose un monde en mouvement perpétuel
et non statique. Elle doit constamment maintenir sa vitesse. Son
idéal n'est pas de passer du mal au bien seulement mais du bien
au meilleur. Dans ce monde des vases brisés et des crises
successives, la techouva reste l'instrument de notre amendement et
l'outil vierge de notre réhabilitation qui a précédé
anthologiquement les risques de la création. Il ne faut pas
attendre d'avoir la corde au cou pour s'entendre dire
"Repends toi!". La fragilité de notre existence
spirituelle porte en elle tous les recours à une digne réparation.
La techouva négative colmate les brèches de nos péchés,
la techouva positive donne plus de lustre à nos vertus. La
techouva négative fait appel à S.O.S dépannage alors que
la techouva positive a le mérite d'anticiper à la manière
de la médecine préventive. Elle refuse le repos de la conscience
et dans ce monde-ci et dans l'autre.
"Ma
techouva personnelle" doit sortir de son cadre privé pour
s'interroger et participer au dynamisme national et universel. Le
repentir est un soldat au sein de son corps d'armée. Son combat
vise la victoire de l'ensemble. Faire techouva c'est entendre la
voix plaintive du Sinaï qui pleure chaque jour la tristesse
de son abandon et de sa solitude.
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