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"Ecoute
Israël: pour le comprendre il faut un schéma"
Un
autre regard sur la paracha (Vaét’hanan) - Grand Rabbin Alain
Jacob Guedj
"Comprends
Israël que l'éternel notre D. est éternel et un"
Notre
tradition a retenu la puissante concision de ces quelques mots
pour en faire le credo fondamental du judaïsme.
L'intelligence doit s'exercer à méditer sur l'existence,
l'éternité et l'unité de D. Ce fondement théologique est la
base même de toutes nos croyances et exprime l'essentiel de
notre foi jusqu'au dernier souffle de notre vie.
Dans
la joie des retrouvailles avec Joseph le patriarche, Yaacov
surmonte son émotion personnelle en la sublimant par la récitation
du Chema. Sur son lit de mort, Yaacov parvient à réunir
ses enfants sous l'égide de la doctrine monothéiste.
Plus
tard, Rabbi Akiva l'un de nos plus grands martyrs rendra l'âme
emportée par le mot e’had. Devant les portes de la mort, on
peut surtout et encore sanctifier le nom de D. Nous sommes chargés
d'apporter ce témoignage en toute circonstance, le aïn de
chema et le daleth de e’had sautent aux yeux par leur grandeur
pour constituer le mot ed – témoin. C'est en la proclamant
quotidiennement que l'unité divine devient une évidence
existentielle. C'est un crédit que D. nous reconnaît en nous
accordant la suprême distinction de notre propre unité sur
terre. A sa manière, D. récite son chema: " qui est
comme mon peuple Israël, peuple unique sur terre."
C'est
sur le plan intellectuel et éthique que l'on doit saisir le
monothéisme.
D.
est un comme pas un ; c'est une unité qui n'appartient pas au
nombre ; elle est dans la pénombre des mathématiques les plus
pures. Elle désigne le seul être qui compte sans pouvoir
être compté, dit de D. qu'il n'est semblable qu'à
lui même et que toute référence ne remonte qu'à
lui. S'il n'en reste qu'un, ce sera toujours lui. Souhaiter qu'il
n'en soit point deux comme lui n'est pas un sacrilège mais
une déclaration d'amour.
"Écoute
Israël ": est sourd celui qui ne veut pas entendre que
c’est dans cette déclaration que nous aspirons à tendre
vers le concept de l'infini pour former un beau duo avec le D. de
l'éternité. Cet infini indéfini donne le vertige à
l'imagination parce que l'infini vient toujours derrière ce
qui est après. Dire de lui qu'il est le premier et le
dernier perturbe quelque peu notre raison car l'infini ne connaît
ni l'origine ni l'objectif. Alors l'esprit lance un S.O.S au cœur
et implore son amour.
"Tu
aimeras l'Eternel ton D. d'un cœur tout entier, de toute ton
existence et de toute la mesure de tes moyens."
C'est
l'amour qui élargit les limites de notre entendement. Il nous élève
jusqu'au monde de la sereine unité de l'être où
toutes nos contradictions font finalement la paix. Le monde du
chema nous ouvre les portes de la création au moment où la
matière est pure dans la simplicité, passant du virtuel au
réel, du potentiel à l'acte, de l'inné à l'acquis,
de la tension à l'extension, de l'intuition à la réalisation.
Aimer D. de tout mon cœur, quel pari difficile. Mon cœur
est un véritable champ de bataille lorsqu'il balance entre les
deux penchants qui s'affrontent au cœur du fléau. Le
penchant du bien est optimal quand le penchant du mal se sent mal
heureux, alors il est furie bon. Il s'est donné bien du mal
à le ranger dans la norme des bien -penchants.
Lorsque les deux penchants s'épanchent l'un sur l'autre peu
importe si l'on tombe du côté où l'on penche puisque le
mal est heureux d'être au plus mal. C'est le combat des
deux- beth dans le mot levav’ha où la vertu puise dans le
vice ses plus belles qualités comme le zèle, l'ardeur et
l'enthousiasme et vice-versa. Aimer D. de tout son cœur,
c'est quand ton entourage l'aime à travers toi, c'est dire
aux jours heureux " bénie soit la source du bien " et
aux moments tristes " béni soit le juge de vérité".
C'est l'aimer dans la même journée qu'il fasse nuit ou jour
comme il est dit "ce fut soir ce fut matin jour un".
C'est sanctifier Son nom tel qu'il s'écrit et tel qu'il se lit
pour qu'un jour la lecture épouse l'écriture dans le
rapprochement des lèvres parlant aux yeux de l'âme.
Faire
bonne mesure avec nos moyens matériels car l'argent est un bon
serviteur et un mauvais maître. L'argent est parfois le D. des
avares lorsque donner aux pauvres c'est prêter à D.
Tu
aimeras en hébreu –"veaahvta" c'est la permutation de
aahvot –les patriarches.
De
tout cœur " c'est Avraham mon bien aimé".
De
toute ton âme " c'est Itshak sur l'autel des
sacrifices".
De
tous tes moyens "c'est Yaacov qui m'a donné la dîme".
Attacher
toutes ces paroles sur ton bras, c'est avoir le cœur sur la
main.
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