Chaque talon a sa pointure

Pour une politique religieuse des petits pas

Les feux des commentateurs sont braqués sur le titre que porte notre parasha  Ekev. 

Ils le traduisent au sens propre par le mot "talon" et au sens figuré par le mot "finalité". C'est au pied levé que j'ose une interprétation personnelle respectant malgré tout, notre tradition podologique. Chaque organe du corps humain a sa correspondance au plan spirituel alors que le talon du pied reste terre à terre. Pire, on a fait du pied le symbole de la bêtise humaine et de notre grossière insensibilité.

Le roi David lui même redoutait qu'au jour du jugement dernier on lui reprocherait d'avoir piétiné et méprisé certains petits commandements pour leur apparente insignifiance, alors que notre scrupule doit s'attacher à eux autant qu'aux commandements réputés importants. Il est faux de croire que notre capital religieux s'achète chez le grossiste; c'est dans la précision du détail que se manifeste la secrète grandeur de l'homme.

Avoir la foi vissée au talon, c'est investir dans la sensibilité pour assurer par une petite touche la bonne finition. La sensibilité donne tout son poids à nos vertus, elle est aussi l'honneur d'une juste balance réagissant jusqu'à la moindre poussière de nos vices. Une âme sensible dans un corps gracieux, c'est trouver chaussure à son pied dans une marche nuptiale. Vaut mieux un verre à mille pattes dans un magasin de porcelaine qu'un éléphant. C'est qu'il faut chausser ses lunettes pour ne pas mettre les pieds dans le plat. David a eu raison de dire que la parole de D., comme une ampoule au pied, éclaire le sentier de sa vie.

Les fautes dites involontaires lui paraissaient plus graves du fait de leur négligence et leur nonchalance, que les péchés commis en toute conscience. Chaque matin nous bénissons l'Eternel qui dispose et dirige les pas de l'homme. " Que mon pied marche dans la droiture, voilà la bénédiction que j'adresse à D….dans les assemblées".

La marche à suivre pour éviter les faux pas n'est pas dans la salle des pas perdus. Ces pieds qui portent l'homme dans la stature du debout sont les nobles colonnes de l'édifice humain. Autant que la tête, ils méritent la considération de tous ceux qui savent sur quel pied danser lors des trois fêtes qui portent leur nom.

"Ekev", c'est la juste réhabilitation du membre le plus inférieur du corps pour en faire le symbole du salut final dans les talons du messie. Notre rédempteur posera les pieds sur le mont des oliviers à la fin des temps. Le saint béni soit il, lui-même, dont le trône occupe le ciel, nous assure qu'il a les pieds sur terre. Comme dit la chanson :

« On emporte un peu  sa vie aux talons de ses souliers. »