Le livre des paroles - Parachat Dvarim

 Un discours fleuve, à boire mot à mot

La Thora aurait pu et aurait du s'achever avec la clôture du livre de Bamidbar.

Du point de vue de D. tout a été dit et la révélation ne relève que de sa propre initiative mais c'est compter sans Moïse.

Le mot de la fin lui revient de droit en sa qualité de médiateur. En fin de carrière, l'humain et le divin ont fondu dans sa personne. Durant quarante ans, il fut parfois juge, parfois avocat, mais aujourd'hui il est le conciliateur, le chad'han, le marieur, qui veut voir ce couple réussir.

Le sermon qu'il va prononcer ne sera ni agressif, ni complaisant. Chaque parole qu'il prononcera brillera comme un diamant ou scintillera comme un charbon ardent.

Dvarim (paroles) ou Dvorim (abeilles) sont homonymes. Comme pour l'abeille, la parole sera douce comme le miel ou piquante comme le dard.

Le Moïse au parler difficile libère aujourd'hui sa parole.

C'est dans l'écho du silence de D. qu'il puise son inspiration.

De récepteur qu'il fut, il devient désormais émetteur pratiquement autonome. Tout se passe comme si, ayant parlé au nom de D., il fait a présent parler D. en son nom.

 C'est à Moïse que l'Eternel doit sa royauté sur les hommes.

 C'est à Moïse qu'Israël doit son élection. Difficile mission qui doit conjuguer impératif et soumission, force et fragilité, exigence et souplesse. On prend les bêtes par les cornes et les hommes par les paroles. La réprimande vaut mieux que cent coups de bâton.

 Le verbe de Moïse au goût d'éternité explose en mille saveurs que chaque prophète d'Israël après lui assaisonnera avec son style personnel. Le style du prince des prophètes émane du face à face, du bouche à bouche dans une claire vision sans énigme. La bouche de D. articulait ses lèvres. La Thora jalousée par les anges, il la ravit pour qu'elle porte désormais son nom. Tout simplement parce qu'en montant au ciel, il fit descendre D. sur terre.

C'est grâce à lui qu'une horde d'esclaves devient enfant de D.

C'est grâce à lui que le D. transcendant se fait père.

Aujourd'hui, l'amour de l'homme de D. est si fort que son éloquence perce l'intention divine, elle la pressent et la précède pour se l'approprier totalement.

Même si la philosophie est sobre dans ses discours et croit que les meilleurs sont les plus courts, celui de Moïse fait exception puisqu'il en dit long. Il conçoit bien ce qu'il énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. S'il use de précaution oratoire, c'est toujours pour épargner son troupeau à ses dépens.

Sa fidélité lui a valu la rigoureuse justice alors que les turpitudes du peuple ont bénéficié de la clémence divine. La récompense qui les comble, ils la doivent à la sanction qui les afflige. Il a partagé leurs devoirs sans profiter de leurs droits.

 Seul, il a porté le poids de leur fardeau et de leurs querelles en se demandant "Eyha" (comment cela est il possible?!) une interrogation qui déchire la nuit du neuf Av, et qui résonne comme un écho rebondissant aux oreilles d'Isaïe et de Jérémie: "Comment l'infidélité a-t-elle rongée la cité de la foi?  Comment la ville populeuse est elle plongée dans le silence de l'isolement?"

Dans le livre des paroles Moïse, tente une réponse.