Parachat matot-mass’e

Pour arriver à point, il faut partir à temps

Pour couvrir une période historique longue de quarante années, Moïse utilise un procédé laconique qui consiste à faire l’énumération d’une liste de lieux parcourus par les enfants d’Israël depuis la sortie d’Egypte jusqu'à l’entrée en Terre Sainte.

Il faut être érudit pour saisir et comprendre l’intérêt que présente la lecture des 42 étapes ou campèrent les tribus d’Israël, depuis Ramsès jusqu’aux steppes de Moav. Imaginons un cercle de vétérans qui, s’adressant à un jeune public, parlerait avec beaucoup d’émotion de Verdun ou de Bire Hakem. Ces deux lieux qui rappellent aux anciens combattants l’odeur de la poudre à canon et la sueur du combat, représentent pour le jeune public deux petites villes insignifiantes de nos jours.

Aujourd’hui le lecteur de notre paracha restera insensible à la longue litanie des régions fréquentées par nos ancêtres. Là où nous pensons que ce sont des lieux communs, Moïse fait au contraire un état des lieux. Savoir que les hébreux traversèrent Ritma, Pounone ou Refidim c’est par la même, reconnaître l’authenticité historique des faits relatés par la Thora et conserver à l’histoire sa mémoire. Il est paradoxal de voir que la plupart des grandes civilisations du monde comme la Grèce, Rome ou Sumer donnent à leurs origines des fondements mythiques et invraisemblables.

Par contre, la Thora ne redoute pas la critique sur le bien fondé de ses affirmations puisqu’elle a le souci scrupuleux d’indiquer avec précision les dates, les lieux et les noms des peuplades les plus antiques. Nous connaissons même la généalogie des personnages ante diluviens jusqu'à Adam et Eve.

L’histoire des hébreux dans le désert est loin d’être une fable ou le fruit de l’imagination. Elle repose sur une géographie que l’archéologie peut observer attestant par la même que le désert était véritablement hostile, n’ayant aucun point commun avec les régions plus ou moins arides que fréquentent les bédouins ou les touaregs.

Les 42 étapes constituent un raccourci historique saisissant qui permet de voir au travers des noms propres la nature des événements qui s’y sont passés.

A Souccoth, ils préparent leurs cabanes.

A Refidim, leurs bras faiblissent devant la crainte d’Amalek.

A Hatseroth, la terre a tremblé dans les cours de la dispute de Korah.

A Mara, Moïse adoucit les eaux amères.

A Mitka, la halte fut douce.

A Makhela, l’Assemblee d’Israël pleure avec les explorateurs.

Au pied du mont Sinaï, ils furent unis comme un seul homme.

A Chitim, la sotte frivolité les gagne.

A Elim, surprise générale ! Douze sources d’eau accueillent les douze tribus et 70 palmiers attendent les 70 anciens.

C’est au cours de ce voyage marqué par tant d’expériences douloureuses mais aussi constructives que notre peuple fabrique son identité nationale et consolide sa cohésion.

Quand je considère le texte de notre paracha dans ses quatre premiers mots, j’y vois les initiales d’Edom, Madai , Babel et Yavan.

Lire Mass’e c’est comme feuilleter un album de souvenirs dont les photos rappellent étrangement les expériences de notre exil. Certains, comme dit Moïse, entreprennent le voyage vers Israël en pensant toujours à leur point de départ et d’autres se départissent de leur départ pour bien assurer leur arrivée.

Les uns sont comme les nuages ballotes au gré du vent, les autres comme des colombes retournant à leur pigeonnier.

Partir, c’est mourir un peu, arriver c’est vivre pleinement.

Quitter l’exil n’est pas une fuite ni une errance c’est savoir contempler la colonne des nuées, qui s’élève et entendre Moïse s’exclamer : « Lève toi O Israël ».