Parachat pinhas - Au couchant du soleil, la lune se lève

Ironie, réalisme ou grandeur, voilà les sentiments que moi, berger d’Israël j’éprouve au moment où je visite ma dernière demeure. L’ordre divin m’a conduit jusqu'à ce lieu qui porte le nom prédestiné « Mont des Passages ».  Ici s’accumulent mes cent vingt années d’existence, là se trouve la frontière de mon avenir. Le baiser divin qui a adouci la mort de mon frère Aaron effleurera aussi mes lèvres. Quatre coudées de terre suffisent amplement au plus grand des hommes lorsqu’une belle mort honore toute une vie. Loin de Toi, la mort est dans ma vie ; près de Toi, la Vie est dans ma mort. Pour dernière volonté Tu m’as accordes, O mon Dieu d’embrasser du regard cette terre de la promesse. Mon désir est si fort que même ses paysages lointains je les aperçois si proche de moi. Puisque je n’entrerai pas dans cette terre, c’est elle qui entrera dans mes yeux et je la graverai  tout au fond de mon cœur. Je vois encore les traces des patriarches à Hébron. Voici Béer Sheva, et la tout près, Bet el. L’histoire de notre passé se jouera encore dans la géographie de demain ; pour tout le monde, sauf pour moi. Ta sanction m’empêche de franchir la rive du Jourdain si proche. Les générations sauront qu’un pêché n’est jamais petit pour le prince des prophètes. Même s’il paraît insignifiant il mérite d’être consigne dans la Thora. Je reconnais avoir eu un écart de langage en traitant mon peuple de « rebelle », je reconnais avoir attribué à mon seul mérite le miracle de l’eau qui jaillit du rocher. Qui peut me tenir rigueur d’avoir frappé un roc inanimé ?! Il est vrai que par la douceur du langage, on attendrit les cœurs aussi durs que la roche. Mon D, tu attendais de moi une conversation a bâtons rompus. Il m’arrive parfois de ne pas voir aussi clair que l’eau de roche. C’est aujourd’hui que je ressens le revers du bâton. On dira de moi « Moïse sauve des eaux, Moïse perdu par les eaux ». Dans quelques jours, je quitterai mon troupeau ici, sur ce mont des passages, sur ce mont où il faut savoir passer le relais. Les derniers jours de ma vie ne me préoccupent pas autant que ce troupeau abandonné par son berger. O D. des esprits de toute chaire, désigne celui qui, investi par la Sagesse et le Courage saura conduire ce peuple si marqué par la diversité des tendances et la richesse des caractères. Je ne revendique le pouvoir ni pour mes enfants ni pour les élites de notre société. Je sais que ton choix s’est porté sur celui qui fut toujours l’ombre de moi-même, mon rempart dans les situations les plus difficiles, mon fidèle serviteur de jour et de nuit, attaché à mes pas autant qu’à mon enseignement. Cet homme qui a témoigné tant d’amour pour la terre d’Israël, qui s’est démarqué de la médisance des explorateurs, qui m’a attendu aux pieds du Sinaï loin du veau d’or, cet homme qui porte les lettres de Ton Nom c’est  bien Josué. Je l’introniserai publiquement et son pouvoir sera équilibré d’un côté par la fonction sacerdotale d’Elaazar fils d’Aaron, et de l’autre par l’assemblée du sanhédrin, garant du pouvoir législatif. Ma bénédiction lui sera entièrement accordée lorsque en imposant en Ton nom l’une de mes mains, j’y ajouterai généreusement l’autre en mon nom. Mon dauphin sera une grande figure et son visage reflètera les rayons du mien .Tu as fait de moi l’astre d’or il sera l’astre d’argent. Je fus le roi du ciel, il en sera la reine. O D.des lumières, fasse que lorsque mon soleil se couchera, la lune de Josué réfléchisse les rayons de mon héritage.