Une loi vachement compliquée

Un autre regard sur la Paracha (‘Houkat)

Dans cet article, mon art consistera à vous transmettre toute mon ignorance sur un sujet qui me laisse un goût de frustration, en espérant que vous saurez le partager grâce à votre propre ignorance.

La loi suprarationelle par excellence, qui est le reflet même de la Thora métaphysique concerne les domaines de la pureté et de l’impureté, de la vie et de la mort.

Moïse reçoit personnellement l’ordre de faire procéder à l’extérieur du camp d’Israël au sacrifice d’une vache intégralement rousse, sans défaut et n’ayant jamais porté

le joug. Après combustion de la vache, la réduction des cendres accompagnée de branches de cèdre et d’hysope, sera mélangée  à l’eau vive. Le tout recueilli dans un récipient constituera l’eau lustrale qui aura pour effet de purifier les personnes ayant contacté une impureté provenant d’un cadavre.

Cependant cette loi - décret présente un aspect irrationnel puisque la même eau de purification rend impure les personnes qui ont procédé à sa fabrication ou à son aspersion. La nature cartésienne a horreur de l’illogisme et cette loi a été l’objet de la risée des nations qui n’y voyaient qu’un rite magique.

Pour nous, il s’agit d’un phénomène qui procède de la sagesse divine, inaccessible à l’entendement humain. Le plus sage de tous les rois a dit à son sujet :

«  Plus je m’approche de cette loi et plus elle s’éloigne ».  

En vérité, ce monde régi par les lois physiques exige d’être sans surprise, puisque les mêmes causes entraînent les mêmes effets.

Et pourtant notre expérience la plus sensible nous prouve parfois le contraire à savoir que les extrémités se rejoignent en résorbant leur propre contradiction, les contraires sont compatibles avec eux-mêmes.

On voit bien que le soleil blanchit le linge et noircit les vacanciers, et qu’au même moment il fond la cire et durcit les œufs. A-t-on réfléchi au fait que pour lui, la nuit tombe quand le jour se lève ? Et qu’en fin de nuit au moment où le noir est le plus intense l’aube se lève ? En hébreu שחר  vient de שחור, l’aube vient du noir.

A l’instant où Shimon fait Arvit à New York, Reouven prie Chah’arit à Jérusalem.

Quand je me regarde dans un miroir je constate que ma droite est à gauche et que ma gauche est à droite !  

Dans le grand espace, les notions d’horizontalité et de verticalité, de sommet et de base, peuvent s’intervertir. Dire de l’infini qu’il est petit est aussi stupide que de dire qu’il est grand parce que parvenu à un point de l’infini, il me reste encore l’infini à parcourir. Par là même, on ne peut pas dire que l’infiniment petit est plus petit que l’infiniment grand. Quand on marche, on croit avancer, mais en fait on recule, parce que la terre tourne. Un sentier de montagne est une côte pour les uns et une pente pour les autres, une contradiction que la Thora résout puisque son don tombe le jour de la Pentecôte. Peut-on dire qu’un point dans un cercle, c’est son début ou sa fin ? Le seuil d’une porte est il à l’extérieur ou à l’intérieur d’un domaine ? Pour avoir une photo en clair, il faut bien passer par un négatif et comment croire que le papillon qui voltige de fleur en fleur n’était qu’une chenille ventre à terre ? Qu’on m’explique pourquoi l’olive si amère donne une huile si douce, que l’infra violet rejoint l’infrarouge, et qu’en politique aussi, on le constate à nos dépens, l’extrême gauche côtoie souvent l’extrême droite, que celui qui est miséricordieux vis-à-vis des cruels, sera cruel envers les miséricordieux. Pourquoi le dieu de la biologie fait du sang rouge de la vache un lait tout blanc ? C’est que la vache rousse vient purifier en tant que mère par son sang rouge les méfaits du fils, le veau d’or, en le lavant de son lait blanc. La bonne cause de la mère réhabilite l’effet du fils. La פרה  est une כפרה.

Les cendres et l’eau sont les dérivés de la mort et de la vie, de l’impureté et de la pureté. Le repentant, désormais imperméable à l’impureté des cendres trouvera sa purification par l’eau alors que le juste irréprochable, habitué à la pureté, sera tenté par les cendres et deviendra impur.

Vous voyez bien que la frontière entre la mer et le sable est trop vague, comme celle qui sépare le génie de la folie. Depuis que la prophétie en tant qu’institution a disparu, elle a été confiée aux fous et aux enfants. Faut-il être sourd comme un mur alors que les murs ont des oreilles ? La raison s’emballe dans les contradictions de ce monde, elle trouvera la quiétude dans celui de la simplicité. La réalité divisible, fragmentée et contrastée dans le monde des sens, nous apparaîtra unifiée, plénière et simplifiée dans le monde de l’essence. Job a dit : « qui fait sortir le pur de l’impur, n’est-ce pas l’unique ? » Qui donne la vie après la mort ?

Pour le Talmud, il faut enterrer un mort comme on sème une graine. Et si l’arbre vit c’est parce que les racines sont sous terre. C’est pourquoi on dit avec la plus grande sincérité lors des obsèques, que la mémoire du défunt sera toujours vivante dans notre cœur.

O vache rousse

Paix à tes cendres