La querelle des  divers gens

Un autre regard sur la Paracha - Kora’h

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

L’histoire Sainte n’échappe pas à cette règle et connaît une succession d’évènements où l’âge d’or est brusquement brisé par les soubresauts de la jalousie et de la rivalité.

 Le ciel pur et limpide est défiguré par des éclairs menaçants et inattendus. Moïse a toujours trouvé jusque-là des solutions à des revendications plus ou moins légitimes dans la conduite du peuple, insatisfait de certaines conditions de vie matérielles.

La faim, la soif et le danger ont toujours mérité son attention même s’ils paraissaient exagérés. Mais aujourd’hui le grand prophète va connaître sa Bastille. L’instant est grave, la fronde grogne, elle prend des allures idéologiques et spirituelles, elle est conduite par la sainte aristocratie hébraïque mobilisée par le grand rebelle Korah. Les arguments étayés par ce brillant idéologue sont puisés dans la plus pure démagogie et rabaissent Korah, fils de Itshar, fils de Keath, fils de Lévi, à n’être qu’un vulgaire démagogue. L’insurrection contre Moïse et Aaron porte atteinte à la validité et l’authenticité de leur mission et sape jusqu’aux fondements de la révélation divine. Une véritable révolte qui n’hésite pas, dans une fallacieuse union de rassembler les carriéristes et les ambitieux de tous bords, tous ceux qui s’imaginent déjà ministrables, alors que les objectifs sont divergents voire contradictoires. Tout est bon pour déstabiliser les leaders d’un pouvoir qu’ils n’ont jamais sollicité. Moïse avait nettement refusé son investiture tout comme Aaron son titre de grand prêtre. Mais la fin justifiant les moyens, Korah utilise la flatterie et la flagornerie, qualifiant de saints des hommes qui comme lui ne rêvent qu’à prendre les rennes du pouvoir et à faire briller les fauteuils de leurs ministères.

Le bureau central de la sécession est rapidement formé par un quarteron de putschistes aussi différents les uns des autres comme Datan et Aviran, le tristement célèbre tandem à gogs. Cette coalition provisoire n’éprouve aucune honte à s’unir sur le thème éphémère de la haine. Korah, le lévite aspire à devenir le numéro deux du peuple en évinçant Aaron, alors que Datan et Aviran dans la même lancée rêvent de recouvrer le droit d’aînesse que les Lévi leur ont précisément ravi.

Korah et ses acolytes sont l’expression d’une nouvelle classe, la noblesse démocratique, irréprochable tant sur le plan théorique que pratique. C’est une orthodoxie savante qui peut se passer de ce petit morceau de parchemin apposé à la porte, parce qu’elle dispose d’une bibliothèque  bien garnie.

Au poteau, la mezouza, symbole de l’omniprésence de Moïse jusque dans nos foyers. Cette orthodoxie savante peut se passer d’ajouter au châle de prière tout entier tissé d’azur ce ridicule fil bleu. Il faut en découdre avec ce fil qui nous conduit encore à Moïse.  Aaron lui-même grossit ses richesses par les diverses taxes qu’il prélève sur la misère de la veuve et de l’orphelin. Tel est le discours bassement calomniateur qui finit même par indigner le soleil et la lune. Les deux luminaires par solidarité avec Moïse sont prêts à punir les rebelles en arrêtant leur propre révolution et plonger le monde dans le chaos. Mais Moïse veut que la lumière se fasse au grand jour. Il faut attendre jusqu’au  lendemain, que les esprits se calment, que la nuit porte conseil ; le rite de l’encens départagera  Aaron et ses détracteurs. Le parfum dira qui est en odeur de sainteté. La diatribe belliqueuse et cupide fait sortir l’homme du monde c’est pourquoi, la terre toute tremblante ouvre sa bouche pour engloutir jusqu’au moindre souvenir de la discorde. Seule la Techouva conservera aux enfants de Korah dignité et gloire, ce seront les chantres les plus distingués du temple et les prophètes les plus considérés comme le sera Samuel, l’égal de Moïse et Aaron.