La levée des paumes ou l’élan de mains qui chantent

Un autre regard sur la Paracha (Nasso)

Cette semaine, trois versets vont retenir notre attention :

Que l’Eternel te bénisse et te protège,

Qu’Il éclaire sa face vers toi et te prodigue sa grâce,

Qu’Il t’accorde ses faveurs et te procure la paix.

Il s’agit de la bénédiction que les prêtres adressent aux fidèles au moment où nos prières atteignent leur apogée. L’attente et l’émotion sont grandes lorsque les cohanim faisant face à la communauté élèvent leurs mains comme autant d’antennes dirigées vers le ciel pour faire descendre la parole bienfaisante du Très Haut.

 Cette fois ci, c’est D. qui parle. Jusque-là, Il était à notre écoute et nous étions dans l’incertitude de savoir si nos supplications et nos requêtes avaient trouvé un interlocuteur. La birkat cohanim c’est l’assurance qu’un dialogue s’est instaure et  la réponse qui nous parvient ne peut que refléter l’infinie clémence de notre créateur. Tout se passe comme si, au travers des bras levés et des mains des cohanim, D. jette son regard providentiel, secrètement présent derrière le mur de nos larmes. Il n’a jamais cessé de nous regarder tendrement, derrière les fentes et les interstices des vestiges du kotel.

 Dressées comme les deux tables de la loi, figurant les dix commandements, les deux mains des cohanim représentent, l’une les cinq livres de la Torah, et l’autre nos cinq sens physiques. Comme tout le monde le sait, le pouce est lié au goût par la succion, l’index à l’odorat, le majeur au toucher, l’annulaire à la vue, et l’auriculaire à l’ouïe

C’est l’ensemble des biens spirituels et matériels que les cohanim vont prodiguer par l’invocation du Nom divin dans cette bénédiction à trois volets. C’est parce que le clergé d’Israël n’à aucune ressource personnelle, que nous sommes assurés que le bonheur qu’il nous souhaite, le cœur sur la main, ne peut provenir que du maître de toutes les richesses.

Cette triple bénédiction en rapport avec les trois patriarches comble et couvre notre personnalité dans sa triple dimension. Le bien-être et la protection au niveau physique, la grâce et la douceur au niveau affectif, le regard du sublime visage de D. qui confère la plénitude et la sérénité d’une paisible quiétude.

Le mot shalom a toujours été choisi pour conclure glorieusement toutes nos prières parce qu’il apporte l’équilibre dans toutes nos tensions, nos contrariétés et nos contradictions. Il est constitué des trois lettres chin, lamed et mem : chin est le feu de nos passions ou l’ardeur de nos désirs, mem représente la tempérance et la modération de l’eau paisible, lamed la plus haute de toutes les lettres hébraïques symbolise l’étude et l’intelligence capables de constituer une synthèse harmonieuse. Nos maîtres dans la tradition orale considèrent que les soixante lettres que comprend cette bénédiction sont comme les soixante guerriers protecteurs qui assurent notre sécurité face au danger de la nuit de l’exil dont parle le roi Salomon dans le Cantique des Cantiques.

 Dans la bouche des cohanim, le nom de D. clamé trois fois, en clair et en anagramme, doit franchir le kotel du son pour parvenir jusqu’aux pensées les plus secrètes de nos rêves enfouis. Son nom ineffable a désormais pénétré au plus profond de notre humaine fragilité.

Telle est le sens d’une véritable bénédiction.