Behar – Beh’oukotai

Miss Terre n’est pas matérialiste

La paracha de Behar évoque deux lois dont les conséquences sont impressionnantes sur la vie économique et sociale du peuple juif sur sa terre. En effet, la chemita, ou année sabbatique qui revient tous les sept ans, impose à l’ensemble de la classe paysanne de cesser toute activité agricole pendant toute une année. Cela revient à dire que l’outil le plus vital de l’économie nationale est totalement paralysé.

Certains ont cru voir dans cette loi le souci de mettre la terre en jachère afin de lui assurer un surcroît d’énergie et une rentabilité toujours croissante. Ce motif peut paraître plausible mais la Tora semble viser un idéal plus élevé, celui de suspendre durant une année entière le droit à la propriété privée. Effectivement, nos champs et nos jardins sont désormais accessibles au public et tout le monde peut jouir légalement de la production agricole spontanée.

Cependant, l’idée maîtresse qui sous-tend cette loi n’est rien d’autre que la reconnaissance que la terre n’appartient qu’à D. seul et que la survie de tout un peuple ne repose que sur la confiance ferme qu’on a dans le Maître de la Terre, comme si nos champs élisaient leur vrai patron et que la Terre-happy a trouvé son vrai remède. Le repos sabbatique invite l’homme à être un peu plus cultivé que la terre, à sortir de son terre à terre. Ce n’est pas à la sueur de son front qu’il mangera son pain quotidien ni par la pioche mais par l’appel de D. La terre donnera désormais ses fruits comme au premier jour de la création grâce à la parole régénératrice. 

Lorsque le grand Sanhédrin comptera sept chemitot successives, il consacrera officiellement la cinquantième année, appelée jubilé. Le son du chofar retentira le jour même de Kippour dans tous les coins du pays pour proclamer la rémission des dettes, accorder la liberté aux esclaves et le retour des biens immobiliers à leurs anciens propriétaires. C’est une véritable disposition révolutionnaire qui nous permet de dire que la Torah prône un certain capitalisme démocratique et populaire ainsi que la culture à toutes les classes sociales.