Ahare mot – Kedochim - L’essaim des Saints du Saint Dessein

Notre paracha, qui contient plus de soixante dix commandements, est au cœur même de la Thora formellement et fondamentalement. Dès le premier verset, est fixé l’objectif de notre vie spirituelle, à savoir la sainteté.

Dans la pensée occidentale, ce terme qui exprime un idéal très élevé semble réservé à des élites de la société religieuse. La sainteté suppose une rupture radicale avec la vie familiale, sociale et économique. Le saint est coupé du monde, plongé dans une méditation où il est face à lui-même. Loin des tensions et des tentations, il se forge une image désincarnée, insensible si non indifférent aux émotions et aux palpitations de la vie tout court. Pour lui, le monde est une prison, son lieu de prière, un cloître et les rares échanges s’effectuent dans un parloir. Dans ce genre d’ermitage, on ne peut couver que des symptômes et pas des saints hommes pour ne pas dire des syndromes. Les femmes, elles-mêmes, saints bols de la vie et de la maternité souffrent des mêmes conditions sine qua nonnes.

  Dans la pensée orientale, les moines pétrifiés dans leur indifférence nirvanique, méprisant souverainement la souffrance, figés dans la non violence qui ignore le mérite du Bien et l’horreur du Mal, font figure de jusqu’au bouddhiste recouverts d’une toge évoquant la Sainte Ethique.

  Ailleurs, la sainteté se couvre de vociférations et de hurlements, et la prédication fait souffler un vent de folie. Ces Saints, dont je voile le nom à dessein, démarrent à bout de délires extatiques. Pour eux, les mots de l’Amour Divin sont aussi tranchants que le glaive, porte-parole de leur foi.

  Pour le judaïsme, la sainteté a un goût de démocratie, parce que son programme est accessible a tous, progressif et inhérent aux étapes de la vie. Le juif n’a pas besoin de ce titre pour vivre concrètement sa sainteté ; et en l’occurrence il n’est pas nécessaire de sortir de Saint Cyr, la sainteté ne s’acquiert pas dans l’isolement mais au sein de la collectivité. C’est d’ailleurs son premier critère, le kaddish et la keddousha exprimant l’adhésion du croyant avec le Saint Beni Soit –Il ne peuvent être récités qu’en présence de dix personnes. Le minyan confère à chacun de ces membres le droit et le devoir d’être saints dans la reconnaissance de l’autre et dans l’application du commandement central inscrit au cœur de notre paracha : Tu aimeras ton prochain comme toi même ; le reste n’est que commentaire.

La sainteté est un mode de vie où le Saint est entouré de tous les acteurs qui soutiennent son rôle, à savoir sa femme, son père, sa mère et ses enfants ainsi que l’entourage social.

La sainteté est un mode de vie et non pas un titre post-mortem inscrit dans un calendrier hors-saison.

C’est dans sa condition d’homme fait de chair et de sang, jouissant de toutes ses facultés physiologiques, intellectuelles et spirituelles et réalisant toutes ses fonctions sociales que, loin de toute candeur et de toute naïveté le Saint Plait.