3 - Comment les aveugles lisent-ils ?

Le Braille est un système qui consiste à mettre en relief des points sur le papier pour former des lettres et des mots que les aveugles liront ensuite avec le bout de leurs doigts.
Il faut de la pratique pour devenir un bon lecteur de Braille, comme pour toute lecture. Cela s'apprend en sentant les différents points dans chaque cellule.

4 – l’autonomie et les réactions

L'orientation et le déplacement au sein de l'environnement conditionnent le rapport aux choses.
Puis vient la reconnaissance des objets et leur appréciation selon l'usage que l'on peut en faire.

A - Le déplacement

Pour qu'un aveugle se guide d'après vous, le mieux est de lui offrir votre bras, de préférence le droit afin de laisser libre et opérante sa propre main droite, celle qui la plupart du temps tient la canne.
Pensez combien il est plus agréable de suivre le mouvement d'une personne plutôt que d'être tiré par elle, et combien c'est plu confortable.
Aux indications que je souligne ci-dessus , je signale aux automobilistes que klaxonner n'est pas non plus très explicite, cela a peu de chances d'attirer l'attention de l'aveugle, cela nous renvoie la peur, la panique, on se demande s’il y a danger ou pas ! L'idéal est de baisser la vitre et de parler en nous disant tout simplement :
« Allez-y, vous pouvez traverser ! »
Dans un magasin ou une administration, la plupart des informations sont visuelles. Un voyant repère tout de suite la file d'attente, la progression des clients, et quand c'est son tour ou si la vendeuse ou l'employé sont prêts à le servir ou à l'écouter.
Le mieux est donc d'indiquer au non-voyant la fin de la file, de lui dire d'avancer au fur et à mesure que c'est possible, enfin, de lui signaler quand c'est son tour.
Certaines vendeuses deviennent muettes d'embarras en découvrant un aveugle devant elle.
Encore une situation difficile et toujours une seule ressource, la parole.

B- La canne

Ce n'est pas un appui ni une aide pour le corps à proprement parler. C'est un outil de guidage dont la fonction est de signaler les obstacles et le relief du sol.
On doit en apprendre le maniement jusqu'à une efficacité maximum afin que la marche ne soit pas gênée mais au contraire, libérée.

C - le métro

Pas question de profiter des indications de directions qui toutes sont visuelles.
Dans le dédale des couloirs, des correspondances et des stations, il faut demander. Pour demander, il faut déjà pouvoir arrêter quelqu'un !
Les gens ne s'arrêtent pas toujours, et si quelqu'un s'arrête mais sans rien dire, comment le saurais-je ?
Le métro arrive: je dois trouver la porte.
Si elle s'ouvre devant moi, tant mieux, sinon, je cherche à tâtons...
Dans la rame, les places assises ne font pas plus de bruit que les places occupées. Je cherche à l'aide de ma canne et de la main, risquant évidemment de heurter une personne déjà assise.
Il m'arrive de rester debout, lassée d'avoir à demander. Je suis donc bien contente lorsque quelqu'un me désigne une place.
" Ici, ou là, c'est par là , tout droit… " ça ne m'avance guère ! Cette formulation est tellement spontanée qu'il est difficile de l'éviter.
Je crois qu'il faut une pratique déjà éprouvée de l'univers des non-voyants pour mieux les comprendre.
Peut-être y penserez-vous désormais...

D- l’identification

Reconna&icir;tre les objets c'est indispensable,. Il y a quelque chose à côté de moi : qu'est ce que c'est?
Chaque fois que je veux reconna&icir;tre un objet je le touche, et je l'imagine de manière à en avoir une représentation mentale. Ensuite je réfléchis pour savoir de quel objet il s'agit.
Un voyant fait en réalité la même opération, mais l'image lui parvient instantanément.
L'imagination et la représentation mentale sont indispensables.

5 – l’Attitude et les mots

Lors d'une rencontre je ressens évidemment plus d’à priori, liés à l'apparence d'une personne. Du fait que je voyais auparavant, c'est indéniablement une frustration.
A présent et de prime abord, pour moi c’est une appréhension, adapté aux évènements, à la personne, des signaux que la vue seule est à même de capter.
Consciemment et inconsciemment notre corps véhicule et manifeste nos émotions, nos intentions, et bien des variables et des finesses que les mots figent ou négligent, souvent qu'ils ne les traduisent.
Pour moi il y a la voix, ce qui est dit, sur quel ton. Il est bien hasardeux de reconnaître une personne à sa voix lorsqu'elle se trouve parmi des dizaines d'autres, puis de se diriger vers elle. On peut l'appeler certes, mais cela manque d'élégance. Vous nous rendrez donc un service appréciable en prenant l'initiative de vous déplacer vers nous , sinon on se débrouille en avançant dans la pièce au gré des conversations. Mais comment entendre un sourire ?
un signe de la main ?
la gêne ou l'attente de mon interlocuteur? que sais-je de l'attention de son regard ? Cela demande de l’attention, de la concentration, et chacun les perçoit différemment. Je vous propose de passer en revue les situations où voyants et non-voyants peuvent s'entraider. Car s'il est difficile au voyant de s'adapter aux besoins spécifiques des aveugles, il faut se dire qu'il ne va pas de soi, pour 1 aveugle de prendre en compte les repères habituels et les réactions spontanées des voyants.
L'un et l'autre doivent faire un effort pour communiquer.
Il faut être naturel mais aussi attentif, avoir autant d'imagination que de bon sens. La compréhension, la générosité ,vont généralement de soi, et l'humour est vivement conseillé.
Un simple bonjour ne suffit pas, présentez vous, Il m'est arrivé de rencontrer quelqu'un à l'entrée de mon immeuble, de prendre l'ascenseur avec lui, et de m'apercevoir au final que chacun ouvre sa porte sur le même palier.
C'était donc mes voisins!
Eux bien sûr ils m’ont reconnu, mais pas moi !!! Dans la rue, dans un magasin ou dans un lieu public, parlez afin que votre intervention soit compréhensible, plutôt que subie. Combien de fois ai-je été déviée de ma trajectoire par un passant sans savoir pourquoi, tandis qu'il accomplit un geste voulant m'éviter un danger : ( choc, chute, obstacles ) !
Pas un mot ! La soudaineté parfois impérieuse avec la quelle nous sommes manipulés me perturbe, en pensant prendre le contrôle d'une situation qu'ils jugent délicate ou dangereuse pour moi,, certain passant prennent le contrôle de ma personne. Nous sommes aveugles, pas inanimée !
Ce qu'il fallait plutôt faire, m’avertir en disant : " Attention Madame, il y a une poubelle devant vous ! Puis-je vous aider ? "
L'empressement muet et parfois fanatique des gens vis-à-vis d'un aveugle peut prendre des tournures parfois inquiétantes.
Ces comportements peuvent para&icir;tre caricaturaux et pourtant ils ne sont pas exceptionnels.
La maladresse des voyants est liée à leur méconnaissance des véritables besoins de l'aveugle. Le plus simple, c'est donc de proposer son aide au lieu de l'imposer, en parlant naturellement. L'aveugle vous confiera sans complexes, ce qu’il attend.
Les non-voyants se servent de tous les mots du dictionnaire. Ne vous gênez pas pour ménager une susceptibilité que vous imaginez peut-être, mais qu'ils ne ressentent absolument pas, vous penserez peut-être faire preuve de délicatesse en évitant les mots qui se rapportent de près ou de loin à leur handicap.
Or vous risquez ainsi de compliquer à outrance la communication et d'instaurer un malaise qui n’existe pas.
Les aveugles emploient tout aussi étourdiment que les voyants des automatismes de langage comme : « tu vois, t'as vu, à vue d'œil … » et diront tout naturellement qu'ils ont vu à la télé ceci ou cela.

6 -Le déplacement et la perception

Pour me repérer, j'utilise à la fois l'ouïe et le toucher. L'ouïe pour me repérer par rapport à l'environnement, et le toucher pour reconna&icir;tre les obstacles éventuels.
Cette insertion dans l'environnement ne se fait plus grâce à une représentation visuelle, mais par une représentation sonore.
Un voyant reçoit tellement d'informations visuelles plus ou moins utiles à son déplacement qu'il n'est que peu attentif aux messages sonores.
L'adaptation et la rééducation sont fondamentales, si l'on était voyant auparavant, on doit s'ouvrir à une nouvelle connaissance du monde environnant, affiner, voire acquérir une sensibilité à des indications sans importance jusqu'alors, combien précieuses à présent.
J'évoque notamment le "sens des masses".
Cette perception s'acquiert progressivement, sauf pour les aveugles de naissance dont le cerveau est en quelque sorte adapté. Ce sens de perception permet de capter les résonances renvoyées par les parois d'une masse.
Pour marcher droit, il faut tenir compte des repères auditifs. Il s'agit le plus souvent de l'alignement des immeubles, de la circulation des voitures, ou encore du bruit des pas des autres piétons.
Les repères pris lors de précédents passages sont évidemment très utiles, même les vides sont utiles à la compréhension de l'environnement, car ils peuvent correspondre à l'entrée d'un immeuble ou à l'ouverture d'une rue dans un carrefour, le bord du trottoir, un courant d'air, une plaque sur le sol, un poteau, des pavés, etc.
Pour une bonne représentation dans l'espace il faut se servir de tout.

7 - Mon intégration à l’E.D.F

J’ai eu l’opportunité en 1993, d’avoir la possibilité d’être embauchée comme personne handicapée au sein de l’EDF.
Le nécessaire a été fait pour adapter mon poste de travail pour que je puisse avoir les outils adéquats à ma cécité : ( un ordinateur avec une synthèse vocale me transmettant toutes les indications à l’écran me permettant également d’écrire et d’envoyer des textes, un annuaire informatique me donnant les informations retransmises sur une plage-braille, 1 scanner pour lire les documents écrits ).
tout cela pour me permette d’accomplir les mêmes tâches qu’eux. Dans un premier temps j’ai senti une réticence vis à vis des collègues qui me croisaient où me parlaient, mais rapidement ils m’ont fait confiance et accepté que je m’intègre dans leur équipe.
J’ai dû être ouverte au dialogue, répondre à toutes leur appréhensions, leur montrer que je pouvais être autonome puis que je ne souhaitais pas me sentir assistée, j’ai dû leur prouver mon fort caractère et mon envie de travailler.
Depuis je me sens considérée comme une personne à part entière.