«Quand j’annonçais aux gens que j’étais enceinte, c’était accueilli la plupart du temps par un silence!»
Un silence de gêne, d’incompréhension ou carrément de désapprobation. «Un collègue, avec qui j’ai travaillé pendant huit ans, m’a dit: «Mais c’est de la folie!»
et il ne m’a plus jamais adressé la parole. ça fait mal!»
Il n’y a guère que sa famille, ses amis proches ainsi que quelques rares exceptions parmi ses connaissances qui ont bien réagi à la nouvelle.
«Je pensais pourtant avoir déjà assez prouvé mes compétences à travers le sport et à travers mon parcours de vie.»
Heureusement pour elle, le corps médical ne voit pas son ventre rond d’un mauvais œil.
«J’ai eu de la chance, car je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde.»
Elle pense à l’une de ses copines, malvoyante elle aussi.
«Son gynéco lui a balancé: «Madame, quand on est aveugle, on ne fait pas d’enfants!»
C’est un peu raide, non?» Ces préjugés, ces œillères nous empêchent de voir que ce sont des femmes comme les autres qui désirent fonder une famille.
Bien que rayonnante, elle avoue souffrir des doutes exprimés sur ses capacités à être une bonne mère.
«Enceinte, j'ai entendu quelqu'un dire dans un bus que c'était un scandale de laisser faire ça... Même parmi mes proches, il y a des réticents, des personnes qui refusent de croire que j'assume ça très bien, notamment depuis que Solène marche.
En fait, je pense qu'on développe une sensibilité et une écoute particulières. Mon bébé, je le connais sur le bout des doigts! Et quand je dois me concentrer sur une autre activité, comme cuisiner, j'installe Solène dans son parc ou dans sa chambre, où il n'y a pas de risques.» Rien n'évitera des bobos.
«Si elle a une égratignure au visage, j'aurai des remarques désobligeantes. Mais je ne me laisserai pas culpabiliser. Quel enfant ne s'est jamais fait mal?»
Militant pour une véritable intégration, l'informaticienne exerçant à 40% pour l'Etat de Genève a lancé au début de l'an 2000 un site Internet, une passerelle entre voyants et nonvoyants.
«J'ai créé blindlife toute seule, sauf le design», glisse-t-elle, amusée.