Perdre la vue c'est devenir prisonnier de sa propre imagination.
Quand on est mal dans sa chair, que le vide mental est la, que l'air se fait rare, quand la parole se meurt sitôt après avoir été dite, les images fuient aussi et c'est le désespoir.
C'est ainsi que je vis l'ombre de l'ombre qui pèse sur moi, qui me prive du sens de la beauté nourrissante.
Pour repousser au loin les barreaux de ma prison, je dois être capable de créer moi-même de l'intérieur cette lumière indispensable à la joie d'être en vie, à la fierté d'être humaine.
..Une amitié venait de naître entre moi et l'autre moi.
Aujourd'hui je me sens prête à tenter de me découvrir au plus près de ma cécité qui cohabite avec les touches de clarté d'un autre ordre.
Ce n'est pas parce que je suis aveugle que je te saisirais mieux grâce à une magie supposée de mes autres sens exacerbés. Mes limites sont lovées là, à l'intérieur de moi, tout comme mes capacités d'y voir clair aussi.
Lorsque je voyais encore, j'aimais infiniment regarder. Quelques fois, je souffrais de ne pas voir davantage à cause de la fatigue, de la lassitude, de l'incapacité de regarder autour de moi, tout accaparée de rêves ou d'inquiétudes intérieures.
Mes limites , j'ai voulu croire qu'elles étaient trop vite atteintes mais, peu a peu, j'ai pris conscience que c'était ma demande de voir qui était immense et que, aussi loin que je parvienne a les repousser, je m'y heurterais toujours dans ma quête de plus loin, de mieux, de plus.
A aucun moment cependant, je n'ai songé à renoncer au regard.
Il fallait absolument que je trouve le moyen de l'habiter désormais.
Deuil de la vue, acceptation du flou présent, me renvoyant au flou précédant ma cécité dont je n'avais pas eu conscience. Pourquoi cette importance du regard?