LE CHEMIN VERS LA NUIT (John Hull)

Extraits de son livre

…..« La vue est la base sur laquelle se fondent les autres sens »…

…..« Me fixer des objectifs limités, être content si, à la fin de la journée, j’avais lu au moins 3 ou 4 pages. »….

…..« Je me rends compte de la rigidité de l’aveugle, ou plutôt de la rigidité de la vie imposée par la cécité. Otez à un aveugle la familiarité, la prévisibilité, les mêmes objets, les mêmes gens, les mêmes itinéraires, les mêmes gestes pour se repérer, et il se retrouve dans un état infantile, incapable d’appréhender, de contrôler le monde….C’est le retour au stade d’avant la naissance, où l’on flotte librement, sans direction, enfermé dans un tunnel, sans environnement et finalement sans moi « propre »….  

…..« Etre vu c’est exister »….

…..« Quant à l’image archétypale de la cécité, que puis-je faire ? Trouver un antidote. Y aurait il un archétype inverse ? L’idée de lumière ? La lumière est certainement un symbole de pérennité. Elle donne accès au détail, écarte l’incertitude, permet le discernement, dissout l’ambiguïté et donne une place spécifique dans un contexte spécifique « ….

…..« Que l’Eternel, te bénisse et te protège, que l’Eternel fasse rayonner sa face vers toi et te protège…. » Ce passage exprime la clarté, le rayonnement et le sentiment d’identité conféré par le fait d’être en présence de la face éclairée de D.

….« D. est peut être la lumière, mais moi je suis dans les ténèbres. Cet archétype ne sert qu’à m’oppresser par l’évidence du contraste. Effaçant les ténèbres, il m’efface, moi. L’archétype de la lumière annule celui des ténèbres mais ne le transcende pas. Il ne peut transcender la distinction « ténèbres lumière » car il en est l’un des aspects. Il faut que je trouve un archétype d’un ordre supérieur… »

….«  Pour les aveugles, le langage est très important. Mais D. n’a pas besoin que je parle pour me connaître, même si je suis aveugle……. »

…«  quel que soit le monde où je me trouve, pour Lui, il n’y a pas de différence. Il n’est ni enfermé dans la clarté céleste, ni vaincu par la nuit impénétrable….. »

…« Parfois, j’ai l’impression d’être enterré dans la cécité, d’y être entraîné de plus en plus profondément. Le poids m’oppresse. Faudrait-il vouloir cela ?.... »

…« L’important n’est pas que je sois aveugle mais que l’on me connaisse, me conduise par la main et que ma vie, aveugle ou non, soit une vie de louange… »

…« Au-dessus, par delà la cécité.Y-a-t-il quelque chose à trouver ? La perte ! L’échec ! Comme tout cela est incompréhensible !...

…« L’un des aspects les plus difficiles de la cécité réside dans la façon dont elle peut vous rendre passif dans la relation avec les gens.. »

…« Maintenant, je ne souffre plus, la plupart du temps, de la douleur d’être aveugle. Il s’est produit un curieux changement dans mon esprit ou dans son activité. Il semble avoir effectué un travail d’introspection pour trouver des ressources internes. Puisqu’il n’a pratiquement plus de stimuli extérieur, il lui a fallu déterminer lui-même ses priorités. Je me sens intellectuellement plus clair, plus passionné et plus aventureux qu’auparavant. Je fais plus de rapprochement entre tout ce que j’ai pu lire et apprendre au cours des années…J’ai de plus en plus l’impression d’avoir réussi à survivre… »

…« Plus on s’enfonce dans la cécité, plus les acquis dont on a pleuré la disparition et auxquels on a cherché des compensations deviennent sans importance. Ce à quoi ressemblent les gens et les choses cesse de compter… On commence à vivre avec d’autres intérêts, d’autres valeurs. On réside dans un autre univers… Peut-être suis-je en train de comprendre la cécité… »

Le sourire …«Je m’étais agenouillé pour aider Lizzie (ma petite fille) à s’habiller. Quand elle a eu finie, je l’ai relevée et lui ai dit : « Allons, laisse moi te regarder. » Lui tenant le visage entre les mains je lui ai fait un grand sourire.

Nous sommes restés quelques instants, puis elle m’a demandé :

- Papa, comment tu peux sourire entre toi et moi, quand je souris et quand tu souris puisque tu es aveugle ?

Je me suis mis à rire.

- Qu’est-ce que tu veux dire, ma chérie, comment je peux quoi ?

En hésitant, buttant sur chaque mot, elle a repris :

- Comment tu peux sourire … non, comment je peux sourire entre toi et moi…non…un sourire entre nous, puisque tu es aveugle.

- Tu veux dire, comment je sais quand te sourire ?      

- Oui, dit-elle, puisque tu es aveugle.

- C’est vrai, ma chérie, que les aveugles, souvent ne savent pas   quand il faut sourire, et je ne sais pas souvent quand il faut te sourire, n’est-ce pas ?

Elle acquiesça.

Mais aujourd’hui, je te souriais, je me suis dit que, toi aussi, tu devais me sourire, ce n’était pas vrai ?

- Si, répondit-elle joyeusement.

Cette enfant de 4 ans est capable d’énoncer la discontinuité que provoque la cécité dans le langage du sourire. Elle établissait subtilement une distinction entre sourire et se sourire. Je ne puis décrire mon émotion à la pensée qu’elle m’avait souri mais que cet échange entre nous demeurait, non seulement d’une grande rareté mais une énigme. J’étais troublé. J’ai subi une terrible perte, en même temps j’ai reçu un merveilleux cadeau.

-Parler de moi à la 3ème  personne, c’est vraiment quelque chose ! Cette situation se produit lorsque je monte en voiture avec plusieurs personnes : « Vous prenez John à l’arrière avec vous ? Elle réponds : non je vais le mettre devant avec vous… »

Je me suis souvent écrié : 

« Dites donc, vous parlez de moi comme si je n’étais pas là. »

Quand je voyais encore il m’arrivait souvent de prendre un sandwich au et un verre au bar du personnel enseignant, même si j’étais entré seul, je ne le restais pas longtemps, j’apercevais quelqu’un que je connaissais, un léger signe de tête, un sourire et nous nous retrouvions en train de parler. Tout cela a changé, je dois attendre qu’une personne s’approche de moi ou bien repérer une voix familière

.Quand le bar est bondé, ce n’est pas facile. De plus, les gens dont je reconnais la voix sont ceux que je reconnais vraiment .En ce moment, je vais souvent au bar et je bois ma bière en me demandant si quelqu’un va venir me parler. Souvent personne ne m’aborde.

…Ce livre (écrit l’auteur) n’a pas de fin parce que la cécité n’a pas de fin. J’aimerais pouvoir dire qu’il se termine bien, qu’un miracle s’est produit. Mais, il n’y a pas eu lieu !! La cécité est un « don terrible », mais elle permet d’accéder à d’autres niveaux de conscience, à une autre lumière.

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Expérience humaine d’un homme de foi qui a surmonté la révolte, la peur, le désespoir, ce témoignage nous enseigne que l’on peut tout dépasser et nous transmet un message magnifique.

 Joëlle de Gravelaine

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 A ma connaissance, aucun récit sur la cécité n’explore ses effets profonds comme celui de JOHN HULL.

Olivier Sacks