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Le
collier de Saphirs
Voici
quelques extraits du livre:
P.
3: Cet ouvrage m’a incitée à développer certains points
qui pourraient permettre à des aveugles de prendre
conscience que leurs difficultés ont été rencontrées par
d’autres et de leur donner le courage de les surmonter. Je
souhaite également éclaircir quelques malentendus encore
existants chez les personnes voyantes. Je ne voudrais surtout pas
que ce petit livre puisse être considéré comme une
histoire personnelle mais comme celle de mon parcours avec mes
amis.
P.
60: Les couleurs ne m'ont jamais aidée à me
rapprocher du monde des voyants. Leur souvenir ne m'a jamais quittée
mais je n'ai pas pu trouver un moyen de percevoir leur présence,
ni en donner une notion à ceux qui sont atteints de cécité
dès la naissance. Ma nechama, mon âme, est venue à
mon secours et m'a expliqué que chaque individu est obligé
d'accepter ses limites de connaissance et de vision. Il ne lui est
pas possible de voir le jour pendant la nuit. La confiance en
l'aube lui permet d'attendre l'apparition du soleil. Cette expérience
quotidienne risque de lui faire oublier qu'il doit se préparer
à la venue d'un autre matin dont la lumière sera
bien plus belle et jamais voilée par l'obscurité. Les couleurs
que les voyants perçoivent - et nous, pas encore - sont les
preuves de nos limites mais pas de notre soif de lumière.
De même que nos pères ont "vu les voix" au
moment de la Révélation au mont Sinaï et que nous, leurs
descendants, sommes capables d'y croire sans pouvoir l'imaginer,
les aveugles ne peuvent pas ignorer les couleurs. Elles font
partie de leur existence bien qu'elles leur soient cachées. L'air
est invisible, notre histoire pleine de secrets mais ma vie a les
couleurs de l'arc-en-ciel, celles de l'alliance, de la "émouna",
la confiance.
P.
110: De toute rencontre se dégage une présence, une
qualité de vie qui pénètre en moi jusqu'à ce que
je reconnaisse sa source. Ainsi "voir" pour moi, c'est
vivre une rencontre avec tout ce qui m’entoure. J'ai déjà
essayé de décrire la manière dont je me représente les
amis. Quant à la nature, pour bien la percevoir, il faut se
mettre à l'écoute de sa respiration, de ses différentes
humeurs et accueillir dans son être tout ce qui l'anime. L'écoute,
l'odorat et le toucher doivent se mobiliser ensemble. Dans la forêt,
par exemple, le bruit des feuillages et le chant des oiseaux sont
de précieux guides. Ces messagers volants sont une source inépuisable
d'informations: les fauvettes et les rossignols témoignent de la
présence des buissons, les merles se manifestent dans les bois ou
en lisière de forêts, les étourneaux indiquent
l'existence de grands arbres, la brise du vent permet de
distinguer les conifères des arbres feuillus. La densité
et la hauteur de la végétation créent un environnement spécifique.
L'immensité de la plaine révèle au niveau du visage une
notion d'infini qui ne peut se comparer à ce que l'on
ressent au centre d'une place vide, désertée des promeneurs.
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