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Comme
un pingouin sur la banquise – Francois Dolsky
Handicapé
moteur de naissance, né en 1948 de parents juifs polonais installés
à Paris depuis les années 20, il n’a jamais accepté
d’avoir été arraché à sa famille dès sa petite
enfance, pour être placé dans un établissement spécialisé.
Humilié,
quand la vie pourtant le fait tressaillir et qu’il
demeure cloué au sol, au fauteuil, sous le regard mi-gêné
mi-miséricordieux des autres, les bien-portants.
Voici
pourtant que ce corps s’exalte, sous la seule volonté de celui
qui entend rester son seul maître et ne pas laisser enfermer dans
la fatalité du handicap. Puisque les muscles refusent leur
office, toute la puissance de l’âme, toute la vertu de
l’intelligence sont mobilisés par le narrateur pour
transfigurer l’injuste sort en un combat exemplaire, pour lui,
pour les autres, pour la dignité d’être homme, pour
l’ordinaire orgueil d’être plus qu’un paquet de chair
et d’os sans emploi.
Quelques
extraits:
…
Un petit bonhomme de 7 ans reste seul dans la minuscule Traction
Citroën. Tel un enfant félin se sentant pris au piège, il
se blottit contre les sièges, cherche désespérément un
endroit dans lequel on ne puisse pas le rependre. Des pas
approchent. La traque se prépare. Ils pressent qu’on veut se
saisir de lui. Les portières s’ouvrent. Quatre bras étrangers
s’emparent de lui, sans ménagement, avec vigueur. On est en
train de commettre un rapt. Alors, l’enfant se met à
pleurer, à hurler. Il est pris. On court, on se précipite.
En quelques instants, qui valent éternité, il est attaché sur
une sorte de lit. C’est d’un abandon qu’il s’agit.
L’orage n’avait pas éclaté, c’était lui qui pleurait
toutes les larmes du ciel…
…
Un moment très solennel vint, quand je dus apprendre
à marcher. Les
quelques tentatives de mon enfance pour m’arracher à la
pesanteur et me livrer ainsi à la liberté effrayante de
l’espace, se soldèrent toujours par de bruyantes
faillites…
…
Lors de leurs visites mensuelles à Berck, mes parents ne
prirent jamais l’initiative de trouver un quelconque moyen pour
que je puisse jouer avec eux. Non, je restais seul avec ma mère.
Cela suffisait. Je ne rechignais d’ailleurs pas vraiment
à cette situation qui me permettait, croyais-je, d’être
son unique confident. Dans le but de parvenir à ce délicieux
statut d’enfant et de confident privilégié, je me serais
volontiers débarrassé des deux autres frères. De ces
litanies de reproches et de regrets, racontées sans fin, je ne
retenais que l’immense amertume de cette femme perdue dans le
passé et dont j’aurais voulu boire le chagrin. Je ne me doutais
pas qu’elle pratiquais cet exercice avec chacun de ses fils…
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