Après Lyon, la famille Lehmann doit à nouveau changer de refuge, mais de refuge en refuge, Régine prend quand même le temps de s'intéresser au sort des filles handicapées qui, comme elle, ont rejoint la Fédération française des éclaireuses
.
Après la guerre, Régine Lehmann devient éducatrice à la maison de Moissac qui accueille des enfants de déportés. En 1945, elle participe au Camp d'été du Chambon, un pas décisif pour son engagement dans le judaïsme, comme il le sera pour tous ceux de sa génération qui ont participé à ce premier camp juif d'après-guerre.
Dès la rentrée scolaire, elle s'inscrit à Paris aux cours de judaïsme du professeur Gordin. C'est là qu'elle côtoie Léon Ashkenazi qui deviendra, sous son totem plus connu de Manitou, un des maîtres à penser du judaïsme français.
Régine intègre ensuite l'école des cadres Gilbert-Bloch à Orsay dont Manitou prend la direction en 1950. Elle y devient son auxiliaire, en assumant la responsabilité des jeunes filles.
En 1955, elle épouse Georges Zaoui, également éducateur et enseignant. Trois ans plus tard, ils partent tous les deux en Algérie pour travailler auprès de la jeunesse juive du pays.
C'est une période très active au cours de laquelle Régine Zaoui multiplie les cercles de rencontres et les discussions. Avec les jeunes filles, elle réussit ce que pratiquement personne n'avait encore osé tenter en Afrique du Nord : donner une bonne éducation juive à des filles.
Régine et son mari passent près de quatre ans en Algérie, d'abord à Sétif, puis à Alger. Régine enseigne alors dans de nombreuses institutions juives. Elle donne des cours au C.U.E.J., le nouveau Centre Universitaire d'études Juives de Paris, à l'école Maïmonide et à l'école Yabné. En direction des femmes, elle anime des journées bibliques à la W.I.Z.O.
et donne des cours de judaïsme dans les nouveaux centres communautaires en banlieue. Le 8 février 1966, elle est invitée à l'ouverture de " l'Année de la Coopération Féminine ".
Le discours inaugural extrêmement chaleureux qu'elle prononce pour encourager cette rencontre entre volontaires et professionnels sera un des moments fondateurs de ce nouveau mouvement. Plus tard, elle enseignera le judaïsme une fois par mois dans le Club Féminin créé par la Coopération Féminine dans son arrondissement, le 12e. Les participantes à ses cours témoignent : " A toutes, Régine, quelles que soient ses propres difficultés, avait une réponse apaisante, modérée, chaleureuse, teintée d'humour. "
En marge de son travail d'enseignante, elle accepte de traduire de l'anglais l'ouvrage de Joséphine Kamm sur Sir Moses Montefiore, répondant ainsi à la demande de son amie Renée Neher-Bernheim devenue enseignante à Jérusalem. La traduction de Régine Zaoui qui est publiée par le Service Technique pour l'éducation, sous l'égide du Fonds Social juif unifié, est peu diffusée. Quelques années plus tard, Régine réalisera pour l'Agence juive, une petite brochure pour défendre les mariages entre juifs.
Peu de gens savaient les difficultés physiques et financières de Régine Lehmann, car elle n'en parlait pas. Ses proches ont beaucoup veillé sur elle. Sa sœur Rolande et son beau-frère, Maurice Ventura, ainsi que ceux qu'elle appelait ses amis du 12e arrondissement l'ont aidée. Malgré ses problèmes de santé et l'infirmité qui la privera d'une de ses jambes, Régine gardera jusqu'au bout son sens de l'humour, sa gaieté et sa curiosité intellectuelle.
Elle doit finalement être hospitalisée et meurt à Paris, le 24 mai 1984.
Lors de ses obsèques, René Samuel Sirat, grand rabbin de France lit un de ses textes ; celui qu'elle destinait aux Assisses de l'association de handicapés Naguilah :
La première chose c'est une phrase d'Albert Camus que j'ai trouvée dans ses Carnets : " Ce qui barre la route fait faire du chemin ".
Je ne connais pas de meilleure définition des épreuves
Un an après son décès, les amis de Régine Lehmann se sont regroupés dans une association qui a rassemblé les rares textes et poèmes qu'elle avait écrits.
" L'Association des Amis de Régine Lehmann " a fonctionné de 1985 à 1990. Outre la publication d'un Hommage à Régine Lehmann, elle a organisé trois concerts à sa mémoire, salle Cortot à Paris.
A la dissolution de l'association, l'argent des cotisations et des places de concert a été envoyé à Manitou en Israël pour son centre communautaire à Jérusalem, dont une des salles porte le nom de Régine Lehmann.