Cet apprentissage m'a beaucoup apporté notamment en ce qui concerne le travail de la mémoire et de la concentration.
A l'âge de 16 ans, j'ai quitté le milieu spécialisé pour entrer en classe de première B au lycée Faidherbe de Lille.
L’«intégration scolaire » se passa relativement bien, par contre, humainement, un certain blocage existait tant chez moi que de la part des élèves et des enseignants.
C'est à ce titre que la musique eut un rôle prépondérant.
En effet, je participais à deux groupes musicaux , j’effectuais des concerts et cela me rapprocha de mes camarades.
Il y avait un intérêt commun, une certaine curiosité et ce d'autant plus que j'utilisais un synthétiseur, instrument d'une approche assez visuelle.
Après avoir obtenu le bac en 1987, j'entrais à l'université de Lille III en DEUG de "Culture et Communication", cette filière était peu accessible à un non-voyant car elle requiert beaucoup de lectures récentes (presse, magazines, publicités) et documents audiovisuels.
Je me suis, par conséquent, davantage orienté vers la piste musicale.
J'ai commencé début 1988 à jouer dans de nombreuses formations musicales, à effectuer des concerts dans de petites salles, piano bars ou autres festivals.
Le handicap ne posait que des problèmes de transport. Le musicien non-voyant est assez "banalisé", je suppléais au manque de partitions braille par un travail de l'oreille et de groupe.
Fin 1989, je rentrais en 3e année à l'IACP (école de jazz parisienne) pour perfectionner mes connaissances en harmonie, arrangements et improvisation.
En 1990, je sortais mon premier album sous mon nom dont le titre est "Melinda", il regroupe 5 compositions interprétées par 3 musiciens et moi-même.
Ce fut une expérience enrichissante dont je tirais beaucoup de conclusions.
Les années qui suivirent, je continuais à pratiquer énormément la musique dans de nombreuses directions (jazz, chanson, musique brésilienne...) et me mis à chanter et à écrire des textes.
En 1993, je décidais d'auto-produire un CD : "Sentiers multiples" . Avec mon amie (qui n'est pas non-voyante), nous entreprenons la réalisation du disque, mais aussi, sa promotion, le recrutement des intervenants (musiciens, choristes, graphistes, ingénieur du son... ).
Le disque reçoit un succès d'estime davantage qu'un réel écho commercial même s'il est diffusé sur les radios, télés du Nord de la France et que de bons articles sont écrits dans la presse. Cette expérience fut fastidieuse car, faute de producteur ou éditeur, le travail était énorme à assumer et je ne disposais, à l'époque, d'aucun matériel informatique adapté.
Je pris donc un certain recul à l'égard de la musique, ne dispensant plus que des cours de piano ou d’harmonie à titre privé ou dans des stages. Pour améliorer ma pédagogie je suivis une formation de formateur à Montpellier en 1996 .
Cette acquisition bouleversa beaucoup de choses dans ma vie professionnelle et quotidienne.
Enfin un accès quasi illimité, notamment par Internet, aux informations, ouvrages, documents...
J'acquis ainsi une autonomie nettement plus importante. J'ai travaillé de 1996 à 1999 en tant que formateur en informatique dans un centre spécialisé de Montpellier.
Depuis quelques temps, je m'intéresse de nouveau à la musique, mais, l'évolution technologique va vers une "visualisation" beaucoup plus forte des outils.
Les molettes ou souris à contrôle visuel se substituent aux claviers beaucoup plus accessibles par le toucher.
Par ailleurs, le fait que l'écriture musicale soit graphique et non linéaire ne permet pas à ce jour l'utilisation autonome des logiciels musicaux par un non-voyant cela est très regrettable car cela concerne un grand nombre de personnes (professionnelles ou non).
C'est pourquoi, j'ai entrepris de créer sur Internet un espace de discussion dédié aux problèmes que connaissent les non-voyants avec la musique assistée par ordinateur : "Ceci-son" , elle est naturellement ouverte à tous et gratuite.
Par ce biais, de précieux échanges d'informations peuvent s'effectuer.
Par ailleurs, je tiens à vous signaler que CECIAA commercialise une adaptation de Kubas (logiciel séquenceur standard) par le biais d'une synthèse vocale, c'est de très bonne augure.