Pascale: Il est évident que de commencer sa vie "au niveau de la ceinture des gens" comme disait Sega; parce que lorsqu'on se retrouve en fauteuil roulant on se trouve très bas, c'est assez difficile.
Le fait de se sentir si bas par rapport aux autres pose un problème de relation. Il faut s'habituer, c'est une question de temps.
Il faut s'accoutumer à parler aux gens d'en bas et ne pas se sentir diminué pour cela. C'est ainsi que l'on réalise que rien n'est adapté à notre hauteur, tout est beaucoup trop haut.
Il faut sans cesse se débrouiller avec les moyens du bord pour atteindre les objets, c'est une ingéniosité qu'on acquiert avec le temps, un sens pratique qui se développe petit à petit.
De plus mon type de fauteuil m'aide un peu. Vous savez qu'il y a plusieurs sortes de fauteuils. Les fauteuils classiques pèsent entre 22 et 24 kilos; moi j'ai choisi un modèle de sport qui ne pèse que 10 kilos mais il est encore plus bas que les autres, toutefois, il est plus rapide grâce à sa légèreté, il est plus maniable et me permet de faire plus de choses. En fait, ce genre de fauteuil ne peut pas convenir à des personnes qui sont handicapées des membres supérieurs.
Naguilah:Je sais que tu faisais de la danse avant ton accident et tu m'as confié que tu continues à en faire. Peux tu nous expliquer comment ?
Pascale: D'abord, je peux jouer avec mon fauteuil roulant, tourner rapidement sur moi-même parce que c'est un fauteuil de sport.
Mais en dehors de cela, même si je suis sur un fauteuil plus statique, je danse avec mon buste, avec mes bras, avec ma tête.
Lorsque je faisais du ballet, je me servais de tout mon corps pour danser, j'ai l'impression d'être en parfaite harmonie avec mon fauteuil.
IL est devenu mes jambes il suit tous mes gestes. J'arrive à m'accepter totalement en fauteuil, aussi bien sur le plan esthétique que sur tous les plans.
Naguilah: As-tu essayé des prothèses pour marcher et être un peu plus autonome?
Pascale: Oui, j'ai eu des prothèses qui ont été faites en France. Lorsque je suis allé en Israël, les israéliens n'ont eu qu'un mot en les voyant: "zevel" qui veut dire poubelle. Alors je me suis fait faire des nouvelles prothèses là bas. C'est sûrement les meilleures qu'on puisse me faire au monde.
Cependant, comme je suis amputée bilatéral et que je n'ai pas de genoux, ça reste un problème très difficile à surmonter et je considère le déplacement avec les prothèses beaucoup plus comme un sport que comme quelque chose de fonctionnel. Les prothèses doivent avoir deux rôles: un rôle fonctionnel et un rôle esthétique. Pour moi elles n'ont pas de rôle fonctionnel, quant au rôle esthétique il est nul parce que je me sens très bien dans mon fauteuil. Et parce que qu'avec les prothèses il faut porter des vêtements assez larges, ça m'élargit le bassin d'une façon extraordinaire et j'ai l'impression de marcher comme un pingouin, je me sens très peu à l'aise.
Je suis quelqu'un qui aime bouger, qui fait plein de choses en même temps, qui est tout le temps en retard. Et les prothèses m'alourdissent.
Naguilah: Tu circules plus vite avec ton fauteuil roulant?
Pascale: Avec mon fauteuil roulant, je circule plus vite que quelqu'un qui marche rapidement. De plus, j'étais habituée à utiliser mon corps pleinement en dansant puisque c'était une de mes passions et je n'arrive pas à accepter mes prothèses comme mes jambes.
Je dois avouer que le problème des prothèses est un problème psychologique avant même d'être un problème fonctionnel.
Cela dépend de la force du cerveau…
Je voudrais dire à ce propos que lorsque j'ai eu mon accident, je suis restée une demi heure toute seule sur les rails, je n'ai pas perdu mon sang parce que j'avais une plaie sèche, mais après, lorsque j'ai demandé à mes médecins pourquoi je ne m'étais pas évanouie et comment j'avais survécu seule avec la douleur pendant tout ce temps, ils m'ont répondu que tout est une question de caractère.
Je sais que je me suis battue pendant une demi heure et c'est mon cerveau qui a fait tout le travail.
Mon corps a réussi à résister uniquement par le travail que j'ai effectué au niveau de mon cerveau, par rapport à ma volonté de vivre.
En fait on a un pouvoir sur le cerveau absolument dingue et tout le problème du handicap se pose au niveau de la tête, notre force, c'est la force du cerveau.
On peut tout faire. La réalité n'a aucun sens. La réalité, c'est la façon dont chacun voit les choses et chacun voit sa propre réalité.