Naguilah:Ta réussite sociale a-t-elle balayé ton handicap?
Gilbert: Eh bien! Ecoute c'est très simple, tu as beau être le président de la république, si tu es aveugle et que, en te baladant dans la rue, tu te prends un rétroviseur de camion dans la tête ça fait mal tout comme à un autre. Cela remet tout de suite les choses en place. Par contre, je voudrais rassurer tout le monde, ça n'altère en rien tous les plaisirs que l'on peut avoir de la vie.
Le vrai handicap, c'est ce que l'on vit dans un monde où l'on n'est pas vraiment pris en compte. On doit travailler pour gagner le même argent que l'on dépense dans les mêmes magasins que n'importe qui, sauf que l'argent on ne peut pas le lire puisqu'il n'a jamais pu être marque en braille. On va dans les mêmes magasins , sauf qu'on ne sait pas toujours quels sont les produits qui nous sont proposés puisqu'on ne peut pas lire ce qui est écrit sur les boites parce que personne ne nous a fait la courtoisie de nous les imprimer en braille.
Naguilah: Je sais que c'est un combat très important pour toi. Il existe 70000 aveugles en France, tu l'as écrit dans ton livre, et il y a une certaine indifférence face aux problèmes de la vie quotidienne. Tu as mentionné le problème de l'argent mais il y a d'autres choses pour lesquelles tu te bats: les chéquiers…
Gilbert:Il y a beaucoup de choses positives qui ont été réalisées, il y a certains médicaments dont le nom est inscrit en braille.. Il ne faut pas parler de ce qui ne va pas !
Mais il reste encore beaucoup à faire. On peut écrire à n'importe quelle administration mais on ne peut pas encore espérer qu'on nous réponde en braille… Ca c'est ce qui m'emm… le plus, c'est ce qui complique la vie quotidienne de beaucoup d'aveugles.
Tout petit on nous apprenait à taper à la machine à écrire – maintenant on apprend a se servir d'un ordinateur- pour communiquer avec les voyants, je pense que maintenant le boomerang doit revenir, c'est-à-dire qu'il y a tous les moyens grâce à l'informatique pour que les voyants, à leur tour, se mettent à notre portée, alors pourquoi pas?
Autre chose, je n'au pas encore obtenu que nous puissions voter en braille.
Je ne voudrais pas que mes propos soient pris comme de l'agressivité .Pas m'entoure et pour moi le "B.A. BA" c'est de comprendre les autres pour un jour pouvoir à son tour espérer être compris. Lorsque je commence à parler de cela, une certaine fièvre monte parce qu'il y a cette soif d'être dans un monde où on nous prend vraiment au sérieux, où on nous regarde en face; c'est important d'être regardé en face.
Mon combat en fait c'est quoi? C'est de dire aux gens :"n'ayez pas honte de ce que vous êtes " et cela je ne l'adresse pas qu'aux handicapés, mais aux humains en général.
"N'ayez pas honte de la communauté à laquelle vous appartenez et affirmez vous".
Cela veut dire ne laissez personne marcher sur votre dignité. Voila mon combat. Cela signifie tout simplement que j'ai envie de voir de plus en plus d'aveugles être fiers de leur différence parce que la différence, c'est toujours quelque chose de plus.
IL y a toujours deux côtés à une chose : le côté positif et le côté négatif.
Donc ça ne peut pas être que négatif, ce qui signifie qu'il y a des choses à tirer de notre différence.
Nous avons des leçons à recevoir mais aussi à donner.
Naguilah: Que peux tu dire à des parents d'enfants handicapés?
Gilbert:
Je n'ai pas de solution miracle et il n'y a pas de solution miracle.
La solution, c'est la solution du cœur, c'est-à-dire qu'il faut penser que cet enfant, a d'abord le droit à l'existence et il a tous les droits d'un enfant à part entière parce que c'est un enfant à part entière.
Il faut se battre pour lui, il faut aller de l'avant pour lui, et, en se battant pour lui, on lui apprend à se battre pour lui-même. Il n'y a rien de tel.
J'ai vu quelques exemples d'enfant non voyants qui étaient dans un climat familial difficile: les parents avaient peur de le montrer, étaient gênés ou en avaient honte. Je crois que quelque part, ils faisaient un complexe de culpabilité par rapport à eux-mêmes. Ils se sentaient coupables, alors qu'il n'y a aucune faute, je ne pense pas du tout comme certaines personnes pour qui être aveugle ou avoir un handicap doit être considéré comme une malédiction pour la famille.
Peut être que nous prendrons du temps une prochaine fois pour discuter de cela plus largement.
Je voudrais dire juste une chose: la lumière intérieure que nous avons, si nous y croyons, si nous en sommes conscients, ce n'est pas parce que l'on est handicapés, ce n'est pas parce que l'on est doué à l'école ou que l'on est doué en affaire que cette lumière intérieure nous a été retirée.
C'est je pense, notre croyance ou notre incroyance qui nous approche ou nous éloigne de cette lumière intérieure qui est du reste, la vraie lumière, la seule lumière. La lumière électrique, elle est sûrement très bien mais elle a été créée pour suppléer à l'autre.
Naguilah:
C'est un message très important pour tous nos amis de Naguilah cette lumière intérieure. Est-ce que tu penses que tu as développé certains sens ou certaines facultés que tu n'aurais pas développé si tu avais été voyant?
Gilbert:
Pour répondre intelligemment, je ne peux pas dire cela parce qu'il aurait fallu que je vive mon autre vie, pour savoir pour comparer. Ce que je peux dire en tout cas, c'est que j'ai un grand bonheur:depuis que je suis petit, je sais que je ne suis pas sur terre par hasard.
D'abord je ne crois pas au hasard.
Je sais que je suis sur cette terre non seulement pour recevoir (j'ai vraiment beaucoup beaucoup reçu de la part de beaucoup de gens) mais aussi pour donner, dispenser cette lumière intérieure. Lorsqu'on a un sens en moins, l'énergie n'a pas été otée.
Je fais confiance à votre lumière électrique, je fais confiance au pouvoir de la vue, je suis sur que c'est très beau de voir les étoiles.
J'aimerais voir les étoiles ou les gens à distance.
Mais je pense que la cécité, la vraie, c'est la cécité de l'esprit.
Je m'adresse particulièrement aux non voyants : "Ne pensez pas que vous ne voyez rien, c'est faux. Vous voyez, énormément de choses mais vous voyez différemment des autres. "