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TEMOIGNAGE
DE ORA A.
Je
suis née à Paris et je viens de fêter mes 25 ans. Il
y a maintenant 6 ans que je vis en Israël.
J’ai
fait toute ma scolarité à l’Institut des jeunes
aveugles. J’aurais bien aimé être admise dans une école
juive, mais à l’époque il n’était pas encore pensable
d’envisager une telle intégration. Lorsque cela devint
possible, j’avais déjà entrepris des études musicales
que je ne pouvais plus abandonner.
A
l’age de 9 ans j’ai commencé à suivre les cours de
Talmud-Tora organisés par Naguilah et depuis lors je suis
restée très attachée à cette association.
Tant
dans ma famille qu’à Naguilah, j’ai toujours
entendu parler d’Israël comme étant la source de vie du peuple
juif et dès ma plus tendre enfance, je ne ratais aucune
occasion pour retrouver mes racines dans notre pays, que ce soit
avec la famille ou avec Naguilah.
Il
n’était pas question pour moi de continuer à vivre en
France après l’obtention du baccalauréat. Ainsi, au
cours de mon année de Terminale et après avoir reçu la
formation nécessaire pour être une personne totalement indépendante
dans la vie quotidienne, je me sentais suffisamment prête
à m’intégrer à la vie universitaire en Israël.
Je me suis donc présentée à l’agence juive pour
m’inscrire à l’université de Jérusalem. L’accueil a
été plutôt sympathique, on m’a aidée à remplir tous
les papiers. J’ai ensuite été convoquée pour passer les tests
psychométriques que j’ai effectués avec l’assistance d’une
secrétaire voyante qui était là pour me lire les sujets
demandés.
La
veille de l’examen du Bac, je reçus une lettre de l’agence
juive m’annonçant qu’en raison de ma cécité on ne pouvait
accepter ma candidature. Ce fut un choc terrible. Tous les amis
que je m’étais faits pendant les séances de psychométriques
allaient partir, et moi je n’avais plus qu’à leur dire
au revoir, à cause d’un handicap qui gêne plus les
autres que moi-même. Mes projets d’avenir s’écroulaient…
Grâce
au Rav Attoun qui m’a admise dans son centre d’étude, le Mahon
Ora, tout s’est arrangé miraculeusement. Je suis partie
alors en tant que touriste et durant mon séjour à Mahon
Ora j’ai pu me perfectionner en Hébreu et en connaissances
juives. L’enseignement que j’y ai reçu m’a permis d’être
acceptée à la Mihlala de Bait Vagan ou j’ai
suivie des cours d’éducation spécialisée, de musicologie et
bien sûr de kodech. Parallèlement je continuais
à étudier le piano que je pratiquais depuis l’âge de 7
ans.
Un
nouveau problème surgit à cause de mon handicap: on
me refusa une chambre à l’internat de la Mihlala.
Il m’a donc fallut trouver un logement tout seule. Je suis très
reconnaissante à Hava et à Murielle, des amies du Mahon
Ora qui m’on proposé spontanément de partager leur
appartement loué à Kiriat Moshé. Pouvant fournir la
preuve d’un logement et d’un lieu d’étude, j’ai pu faire
une demande de nationalité israélienne au Misrad Hapenim.
Je
viens de finir mes études à la Mihlala où
j’ai obtenu une licence d’enseignement de la musique.
Actuellement, ma préoccupation majeure est de trouver du travail:
une place d’enseignante dans une école ou dans un centre
communautaire. La conjoncture actuelle à laquelle
s’ajoute ma cécité rendent les choses difficiles.
Le
manque de lecteurs bénévoles pour lire et enregistrer les
documents est incontestablement une difficulté à laquelle
je suis confrontée tous les jours. Je voudrais remercier toutes
les personnes qui m’on aidée à réussir mon Alya en dépit
des préjugés des instances officielles. Il est temps que
l’agence juive prenne conscience qu’il existe des juifs
handicapés désireux de répondre à l’appel du retour.
Elle devrait confier les candidatures à l’approbation
d’un centre spécialisé capable de distinguer les personnes qui
peuvent être une charge pour le pays et ceux pouvant mener
une vie normale.
Naguilah
est susceptible d’assumer cette mission puisque son rôle
principal a toujours été de faciliter la Alya des handicapés
ainsi que leur intégration dans la société israélienne.
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