NAGUILAH AU DEPART, UNE ASSOCIATION POUR LES AVEUGLES

Au départ, Naguilah était un groupe d’amis juifs aveugles désireux de construire ensemble une société dans laquelle le handicap ne serait pas une exclusion et la lumière pas uniquement celle du jour.

Pour agir efficacement, il fallait exister officiellement. C’est ainsi que Naguilah est devenue en 1968 une association à but non lucrative, loi 1901.

Très vite elle s’est trouvée submergée par des besoins auxquels il lui était quasiment impossible de faire face. Elle ne s’était pas préparée à recevoir les demandes de quelques 2000 juifs aveugles résidants en France.

Naguilah ne devait pas devenir une organisation s’ajoutant à celles déjà existantes, venant au secours des personnes atteintes de cécité. Son véritable objectif : une nouvelle manière de voir, par la découverte des richesses de l’identité juive.

ISRAEL: L'ETAPE INDISPENSABLE

Israël étant le lieu privilégié pour mettre en pratique les richesses de la vie juive, Naguilah a encouragé la création d’une association sœur à Jérusalem. Les activités des deux associations se poursuivent conjointement dans une parfaite collaboration. Naguilah-France a pu envoyer du matériel informatique à ses amis aveugles israéliens et Naguilah-Israël assure l’accueil des aveugles francophones, que ce soit pour leur alya ou pour un séjour réussi.

De nombreux autres échanges se réalisent d’une manière permanente. Tous les programmes établis en France fonctionnent en Israël, qu’il s’agisse de la bibliothèque sonore de livres en Français, du soutien pédagogique des étudiants, des transcriptions Braille, etc… De plus, en abritant dans son local des membres sans autres moyens d’hébergement, elle favorise leur adaptation à la vie quotidienne.

Les deux associations sœurs dont les taches nécessitent à la fois investissement humain et financier, peuvent se réjouir d’avoir permis à des dizaines, sinon à des centaines de non-voyants d’être aujourd’hui des juifs actifs pouvant servir d’exemples à la société.

 

LES HANDICAPES MOTEURS ONT AUSSI BESOIN DE NOUS

En 1982 Naguilah a ouvert une section pour les personnes handicapées moteurs. Cette initiative a été provoquée  par des membres non-voyants atteints de sclérose en plaque, souvent placés dans des établissements spécialisés pour personnes en fauteuil roulant.

Là, d’autres juifs handicapés moteurs se sont fait connaître. Leur isolement était peut-être encore plus grave que celui des aveugles. Totalement ignorés de la communauté juive, Naguilah se devait d’agir en urgence car le nombre de juifs handicapés moteurs était très important. Lors des Assises Nationales des Handicapés Juifs organisées par Naguilah en 1984, il a été évalué à 15.000 personnes.

Les premières actions entreprises : faire prendre conscience aux instances communautaires de toutes les carences existantes pour les aider à s’intégrer, telles que : placer des plans inclinés pour l’accès aux fauteuils roulant dans les synagogues et les centres d’activité, créer des bibliothèques de livres d’intérêt juif fonctionnant par correspondance, se rendre à domicile pour permettre à ceux complètement immobilisés d’avoir des échanges filmés avec d’autres membres grâce à l’utilisation d’un caméscope. Des cours d’hébreu ont été adaptés selon le handicap de chacun ainsi qu’une initiation à l’informatique, outil indispensable pour une bonne insertion.

Naguilah n’a jamais accepté que les activités des personnes handicapées moteurs puissent être lésées du fait d’un handicap lourd. Malgré les grosses difficultés à prévoir – transports, accessibilité – des rencontres, des sorties et même des voyages ont été organisés. Ainsi, plusieurs de ses membres en fauteuil roulant ont pu visiter Israël alors qu’ils ne s’imaginaient pas pouvoir un jour découvrir le pays de leurs ancêtres.

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Janine Zerbib

Parmi les centaines d’histoires de vie déjà écrites par les volontaires de la section « Shiroutai Bayit Ve Kehila », en voici une sur une personne extraordinaire.
L’histoire de Janine Zerbib est celle de quelqu'un personne remplie de courage, une personne qui malgré l’invalidité dont elle souffre, aide les autres en leur donnant une vie meilleure.
Janine Zerbib a non seulement accepté son handicap mais elle en a fait un atout !
Janine Zerbib est née à L’Isle Adam près de Paris avant la guerre.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, ses parents accompagnés de leurs quatre enfants, sous le faux nom de Lecat qu’ils ont gardé par la suite, se sont réfugiés dans un petit village où ils sont restés cachés pendant toute la durée de la guerre.
Au cours de la première année scolaire de Janine, lors de l’apprentissage de la lecture, son institutrice s’aperçoit de sa mauvaise vision.
Ses parents consultent de nombreux médecins avant de découvrir qu’elle a une rétinite pigmentaire. Sa vue diminue très progressivement puis finit par être complètement perdue suite à une opération qui aurait du avoir l’effet contraire...
C’est à partir de ce moment là que toute sa vie change. Elle a surmonté le choc grâce à l’amour et au soutien de sa famille. De cette période elle dit : « il fallait accepter cette difficulté, la vaincre ou vivre avec».
Sa bataille commence à l’Institut des Jeunes Aveugles à Paris.
Dans cet Institut laïque, d’inspiration catholique, Janine se sent différente et parfois même isolée des autres.
Elle est alors envoyée en Angleterre, à Shorleywood, dont elle garde de très bons souvenirs malgré l’éloignement de sa famille.
C’est dans ce collège où se multiplient les activités extrascolaires qu’elle se fait un « ami » : un cheval nommé Crazy.
Grâce à lui, elle se réveille tous les matins de bonne humeur. C’est aussi grâce à l’équitation qu’elle a appris à se maicircl;triser, à rester en équilibre et à garder un bon maintien.
Elle y apprend également à devenir une femme indépendante.
Les gens qui l’entourent sont stupéfaits de la voir monter à cheval, skier et devenir totalement autonome malgré son handicap.
A son retour en France, elle entre à l’école Gilbert Bloch à Orsay où elle découvre les richesses de la pensée juive et le bien-fondé et les raisons d’être Juif grâce à l’enseignement du Rav Léon Ashkénazi dit Manitou.
Orsay lui a permis, après tant d’années passées en milieu non juif, de mener une vie juive authentique, de quitter ainsi son rôle de « chien savant » pour devenir une femme juive indépendante.
Cela a certes été une extraordinaire découverte pour elle, mais aussi l’occasion de partager les activités de voyants.
Après Orsay et avec un diplôme d’anglais en poche, elle est engagée comme bibliothécaire à la Bibliothèque Américaine de Paris où se crée une section pour les non voyants.
Les responsables de la Bibliothèque lui laissent beaucoup d’autonomie, ce qui l’incite à instaurer des cours d’anglais, des séances de conversations ainsi que des cours par correspondance pour les aveugles ne pouvant se déplacer jusqu’à Paris.
En France à cette époque il y a plus d’une centaine de milliers de non voyants et très peu connaissent le braille.
Comme il n’existait pas d’écoles pour non voyants hors des grandes villes, ils renonçaient à apprendre le braille et à se rééduquer.
Grâce à l’Ecole Américaine par correspondance, des méthodes ont été adaptées pour répondre à ce problème. De nombreux cours sont à leur disposition.
Janine va être alors amenée à créer une association pour son travail auprès des non voyants, la Bibliothèque ne prévoyant pas l’enseignement. C’est ainsi qu’en 1965, a été fondé l’Institut Hadley pour les aveugles.
Tous les professeurs sont aveugles, à l’exception de la personne qui corrige les travaux de dactylographie. De façon générale, les devoirs se font en braille et sur cassettes. A travers ces cassettes, les élèves ont ainsi l’occasion de raconter leurs problèmes. C’est ainsi qu’un dialogue personnel s’instaure entre les enseignants et les élèves. Janine a ensuite transmis toutes ses méthodes à l’Institut Valentin Haüy. Ils commençaient par l’apprentissage du braille et poursuivaient avec des cours de rattrapage scolaire.
Grâce à l’ Institut Hadley, Janine est entrée en contact avec un certain nombre de Juifs aveugles.
C’est ce qui l’a conduite à créer l’association Naguilah avec le Grand Rabbin Sirat, qui deviendra le Président de cette Association pour Juifs non voyants.
Le nom de Naguilah est tiré de la Bible (Psaumes CXVIII, 24): “Ce jour, le Seigneur l’a préparé, consacrons-le par notre allégresse (Naguilah) et par notre joie”.
Auparavent, les jeunes aveugles juifs fréquentaient des associations laïques et subissaient une influence chrétienne qui amena beaucoup d’entre eux à se convertir.
Janine a jugé important d’apporter à chacun une vie juive et une identité juive. Trois ans après la création de l’Institut Hadley, elle fonde l’association Naguilah en 1968.
Elle voulait créer un groupe où il y aurait des activités possibles avec des voyants ainsi que des activités culturelles tout en mettant un accent sur le côté « juif ».
Elle le voulait, elle l’a fait et elle y est arrivée. Lors de cette même année, en Juillet 68, Naguilah fait son premier voyage en Israël : de nombreuses personnes restent alors en dans le pays et font leur Alya.
De ce fait, l’Association manque cruellement de personnel. En 1971, un appel fut lancé au cours de l’émission de télévision de Josy Eisenberg .
De nombreux bénévoles répondent présent et arrivent à Naguilah. Parmi eux se trouve un jeune homme, Simon Zerbib.
Il deviendra son mari !
Peu à peu Naguilah étend ses activités. En 1982, une branche pour les aveugles paralysés voit le jour.
C’est à la même période qu’elle fonde un Talmud Torah à l’Institut des Jeunes Aveugles (où exsite déjà un catéchisme chrétien) et crée des cours par correspondance.
De nombreux ouvrages en français, des manuels d’apprentissage de l’hébreu en braille sont édités et diffusés.
Tous ces livres sont distribués en France et en Israël.
Des amis de Naguilah viennent enregistrer des ouvrages sur cassettes à l’usage de leurs membres.
Des voyages en France, en Europe et même en Israël sont organisés. Les Assises Nationales des Handicapés organisées par Naguilah en mai 1984, au centre RACHI à Paris, ont créé une première prise de conscience du problème des handicapés juifs auprès des instances communautaires.
Naguilah a obtenu un local dans le 19eme arrondissement de Paris dans lequelle s’ouvrit en 1991 le premier centre d’aide pour le travail (C.A.T.) où l'on pouvait manger Cacher.
Il fonctionne aujourd’hui sous l’autorité de l’OSE qui l’a nommé « CAT Jules et Marcelle Lévy», hommage à la mémoire des parents de Janine.
En 1990 fut créé l’Association Naguilah Israel section mise en place par tous les anciens de Naguilah France, qui aide a l’intégration des aveugles francophones. Naguilah France et Naguilah Israël ressemblent à deux soeurs jumelles qui ne peuvent se passer l’une de l’autre. Cette collaboration a donné naissance à un site internet qui permet de multiplier les échanges entres tous les juifs handicapés francophones à travers le monde.